Le corail est probablement ce qui intrigue le plus le plongeur.
Mais qu'est-ce donc ? Une plante ? Une algue bizarre ? Une pierre
étrange ??? Les formes, les textures et les couleurs sont il
est vrai des moins courantes ! Même des gens qui ont la chance
de vivre à coté des récifs, ou de plonger dessus
toute l'année en tant que Moniteur-Guide ne savent pas
toujours expliquer la différence entre un corail dur et un
corail mou...
Coraux &
Récifs
Coraux durs
à petits polypes (Small Polypes Scleractinians)
* Croissance
A moins de passer en revue toutes les espèces, on ne peut ici
faire que des généralités : les coraux durs
à petits polypes (SPS) ont généralement
(lorsqu'ils sont dans un milieu favorable), une vitesse de croissance
très rapide. Bien entendu, cette constatation est variable
d'une espèce à l'autre, et même pour une
même espèce, d'un endroit à l'autre, la
lumière et le brassage étant alors des
paramètres critiques. Pour illustrer cette vitesse de
croissance, voici une série de photos qui permet de voir
littéralement les coraux pousser !
A titre de référence, la croissance moyenne
constatée sur les Acropora formosa de Thailande est de 8 cm en
344 jours (Coral Reefs Journal). D'autres espèces sont connues
pour pousser de 25 cm par an. Chaque espèce semble avoir ses
propres caractéristiques: deux Acropora placés cote
à cote pourront montrer des vitesses de croissance très
différentes.
Besoins alimentaires
Il est généralement accepté que les coraux
durs à petits polypes vivent et dominent dans des eaux
très pauvres en nutriments (encore faut-il relativiser : nous
ne parlons ici de de pauvreté relative en composés
organiques dissouts. Des calculs démontrent par ailleurs que
la masse de nourriture potentielle disponible dans l'eau entourant
les récifs est considèrable : en rapportant les
proportions à un volume de 400 litres, cela nous donnerait 280
g par 24 H !... Source : Hamner & Al, 1988, bulletin of Marine
Science. 42:459-478). Etant donné les besoins des autres
espèces de coraux, il semble que cela soit surtout dû au
fait que si l'eau était plus riche en nutriments (dissouts),
les espèces SPS seraient rapidement vaincues par les coraux
durs à longs polypes (LPS - urticants à long rayon
d'action), par les coraux mous (urticants, dégageant des
toxines, et ayant une vitesse de croissance beaucoup plus
élevée que les SPS du fait de l'absence de squelette
calcaire à construire), ou tout simplement par les algues
!
Il est accepté par un certain nombre de spécialistes
que même les coraux SPS ont des besoins nutritionnels qui
dépassent la simple photosynthèse, qui ne permet que
d'assurer 70% de leurs besoins (sujet traité avec beaucoup
plus de détails dans les articles proposés en bas de
cette page). Par exemple, une étude réalisée par
Sorokin montre que la consommation de bactérioplancton fournit
aux coraux entre 8 et 25% des besoins respiratoires, soit entre 1 et
10% de la biomasse totale de l'animal par jour. Des données
indiquent que 40% des produits fournis chaque jour au corail par ses
Zooxanthelles sont transformés en mucus. Ce mode
d'alimentation est comparable, nutritionnellement parlant, au
résultat de la capture de petits crustacés
(zooplancton), en dehors du fait que la chasse consomme infiniment
plus d'énergie (ne serait-ce qu'à cause de
l'énergie dépensée pour maintenir
opérationnels jusqu'à 10 000 nématocystes par cm
carré !). Si la majorité des coraux se nourrit de
bactéries, il semble que ceux qui dépendent le plus de
cette source d'énergie sont : Acroporta, Pavona, Goniopora,
Favites, Symphyllia, Leptastrea, Tubastrea, Seriatopora, Pocillopora,
Montipora, Porites, Hydnophora, Turbinaria et Zoanthides. D'une
manière générale, plus le corail est producteur
de mucus, et plus il dépend énergétiquement des
bactéries qui viennent consommer cette manne alimentaire. Il
est intéressant de constater que près de la
moitié des bactéries identifiées dans le mucus
sont des Vibrio, bactéries incriminées lors des
maladies des coraux.
Il est fascinant de constater qu'alors que nous pensions globalement
jusque là qu'il n'existait qu'une sorte de Zooxanthelles, ou
du moins que les variations d'espèces ne valaient pas
tellement la peine de s'y pencher, il existe actuellement une
thèse (Eric Bornman, voir référence en fin de
page) qui explique que différentes espèces de
Zooxanthelles pourraient permettre, en cohabitant dans un seul
corail, soit :
- d'obtenir une production alimentaire optimisée en fonction
de la lumière disponible (certaines Zooxanthelles étant
plus productives sous moins de lumière que d'autres)
- de limiter les effets ou l'importance des Blanchiements en
s'adaptant mieux pour certaines aux perturbations climatiques.
La densité de Zooxanthelles peut être extra-ordinaire,
avec des densités variant généralement entre 1
000 000 et 5 000 000 algues unitaires par cm2 dans les tissus des
coraux durs! Certains coraux mous tels les Xenia, Sarcophyton ou
Litophyton peuvent héberger des densités sensiblement
supérieures (Eric Bornman)
Besoins physiologiques
Les SPS sont généralement exigeants en
lumière, brassage et qualité de l'eau. La
lumière fournit une grande partie de l'énergie
nécessaire aux SPS pour vivre et se développer, le
brassage évacue le mucus qu'ils produisent, leur apporte
oxygène et proies, et évite l'accumulation de
détritus entre les branches et le développement de
bactéries entraînant des maladies.
Stressés ou pas ?
Un SPS stressé rétractera généralement
ses polypes plus ou moins en fonction de son niveau de stress, que ce
soit de jour comme de nuit. Très stressé, ses polypes
seront en permanence rétractés. Moyennement
stressé, les polypes pourront être
rétractés de jour et partiellement étendus de
nuit. Un SPS à l'aise sortira ses polypes de jour comme de
nuit (plus la nuit, car c'est le moment où il chasse). Bien
entendu, en fonction des espèces, des variations peuvent
survenir.
Maladies - Prédation
Les coraux sont soumis, comme tous les êtres vivants, à
des maladies et à des prédateurs... Certains articles
proposés plus bas décrivent ces sujets en
détail.
Des crabes, et même certains gros Bernards l'ermite adultes et
affamés (tels les C. Tibicens à pattes rouges) font
avec plaisir un festin de polypes, et/ou des pointes fragiles des
coraux en train de pousser.
D'autres prédateurs, tels certains poissons, ne
dédaignent pas transformer les coraux en repas. Citons les
poissons perroquets, les poissons anges (d'une manière
générale, même si certains spécimens ne
montrent pas d'intérêt pour les coraux),...
Parmi les prédateurs citons aussi bon nombre de limaces (comme
les nudibranches), dont certaines sont très petites (quelques
millimètres). Certaines, difficiles à détecter
puis à éliminer, s'attaquent aux Montiporas, d'autres
aux Pavona cactus, etc...
Les maladies peuvent aussi détruire les coraux, certaines
étant foudroyantes, d'autres beaucoup plus lentes.
Couleurs
Dans le monde fabuleux du corail, parmi les facteurs les plus
attirants on peut citer les couleurs et les formes, qui existent dans
une formidable diversité. Dana Riddle, spécialiste
américain des coraux, a un jour occupé l'une de ses
soirées à compter les différentes couleurs des
coraux durs à petits polypes présentés dans l'un
des livres de J.N Veron (qui n'est pas exhaustif). Voici le
résultat (741 espèces) :
- Marron = 232 (31,30 %)
- Vert = 130 (17,54 %)
- Crème : 109 (14,71 %)
- Gris = 66 (8,90 %)
- Bleu = 52 (7,02 %)
- Jaune = 47 (6,34 %)
- Pourpre = 40 (5,40 %)
- Rose = 38 (5,13 %)
- Rouge = 12 (1,62 %)
- Blanc = 7 (0,9 %)
- Orange = 6 (0,8 %)
- Noir = 2 (0,27 %)
Les 4 premières couleurs représentent 537
espèces, soit 72,5 % des espèces du livre. A ce jour,
il existe un certain nombre de théories pour expliquer la
coloration des coraux, parmi lesquelles : la protection contre les UV
pour les couleurs vertes, violette et pourpre (Dana Riddle), le gain
en pigments à travers la nourriture obtenue par
prédation (Dana Riddle, Eric Borneman , ... Certains auteurs
émettent aussi l'hypothèse que certaines couleurs
pourraient permettre à certains coraux d'éviter la
prédation, ou du moins de la réduire, soit en
ressemblant à un autre animal peu comestible, soit en fonction
de l'adage du monde animal :"Je suis beau et coloré, donc je
suis dangereux !" (Eric Borneman).
Les SPS peuvent pousser en allongeant leurs branches, en augmentant
le diamètre de celles-ci, ou en encroûtant la roche. Les
extrémités des branches sont généralement
dépourvues de Zooxanthelles (micro-algues symbiotiques), car
la colonie progresse plus vite que la multiplication des symbiotes.
La couleur dominante des Zooxanthelles apparaissant marron à
nos yeux, ceci explique pourquoi un certain nombre de SPS
présentes des extrémités colorées ou
pâles. C'est aussi souvent le cas sur les bords
extérieurs des parties encroûtantes.
Selon des recherches scientifiques, les SPS vivants
profondément sont généralement de couleur brune,
en raison de la multiplication des Zooxanthelles et/ou de leur
pigments photosensibles, car elles essayent ainsi d'optimiser le peu
de lumière disponible. Une autre hypothèse scientifique
consiste à expliquer la couleur brune des SPS par la
présence d'un niveau important de Nitrates-Nitrogen
inorganique dans l'eau, qui agissent comme un fertilisant sur les
Zooxanthelles, induisant leur reproduction.
Toujours selon les études de Dana Riddle, les couleurs des
coraux semblent dépendre de plusiurs facteurs :
- les UV : mais les couleurs obtenues sont généralement
dans les verts
- l'alcalinité : des variations d'alcalinité dans des
aquariums d'expérience ont montré des variations
(pâlissement à 7 KH et renforcement à 10 KH) des
couleurs.
- le courant, afin de supprimer la zone d'eau stagnante autour des
coraux et leur permettre de puiser les composés organiques
dont ils ont besoin dans l'eau.