Le poisson Mandarin est probablement actuellement l'un des poissons les plus remarquables en aquariophilie marine. Peu d'espèces peuvent rivaliser avec sa stupéfiante combinaison de formes inhabituelles et de couleurs remarquables. Cette espèce est souvent vendue sous le nom mal approprié de Gobi Mandarin, alors que Synchiropus splendidus appartient à une famille (Callionymidés) de poissons communément désignée par le nom de dragonets, et est en fait un dragonet et pas du tout un Gobi !
Les Mandarins sont communément trouvés autour des îles Philippine, mais leur distribution s'étend jusqu'à l'ouest de l'Australie (Achterkamp, 1986). Sur le récif, ils sont facilement trouvés en petits groupes, ou en paires, et sont étroitement associés aux zones sablonneuses présentes entre les crêtes coralliennes.
La coloration typique de S. splendidus consiste en une prédominance de lignes sinueuses oranges sur un fond bleu. La couleur dominante est le bleu, mais il y aussi de l'orange, du vert, du pourpre et du jaune. Il faut voir les curieux dessins colorés sur son corps pour le croire !
Dans l'aquarium, cette espèce, sensibles à la qualité de l'eau, a souvent été décrite comme délicate et difficile à maintenir pour l'aquariophile moyen. Ils sont à l'aise dans des aquariums peuplés de poissons pacifiques et calmes, ou dans des aquariums plus grands où les poissons les plus turbulents ne peuvent pas les déranger beaucoup (1). Ces dernières années, l'apparition des aquariums récifaux, utilisant abondance de pierres vivantes, semble accroître les chances de succès avec ce très beau poisson, et les pontes en aquarium semblent devenir courantes.
Les Mandarins sont des mangeurs difficiles, préférant se nourrir à partir de ce qu'ils trouvent sur le sol ou sur le décor. En raison de la taille relativement petite de leur bouche, ils ne peuvent manger que de petits morceaux de nourriture ou de la nourriture finement hachée. Dans des aquariums abondamment pourvus en pierres vivantes, ils vont passer la plus grande partie du temps à parcourir le substrat à la recherche de nourriture, comme des petits crustacés (Mysis, Amphipodes, Isopodes et Copepodes benthiques), petits vers et protozoaires (2). Si vous avez un aquarium récifal bien peuplé, vous n'aurez probablement jamais besoin de donner un complément de nourriture à vos Mandarins. Si vous décidez d'essayer des nourritures complémentaires, vous pouvez essayer des nauplies d'artémias, des artémias adultes ou des Mysis vivants ou congelés. Dans certains cas, cela pourrait être utile de couper les pompes de brassage et les filtres le temps que la nourriture se dépose sur le sol et soit ainsi à la portée des poissons. Si vos Mandarins cohabitent avec des poissons plus gros et plus agressifs, ils pourront pas attraper la nourriture à temps. Dans tous les cas, gardez à l'esprit que les Mandarins ne sont pas de gros mangeurs, et que la nourriture ajoutée ne devrait consister qu'en de petites quantités de nourriture finement hachée.
Les poissons Mandarins n'ont pas d'écaille mais à la place, une couche assez fine et grasse de mucus enduisant leur corps. Cette pellicule leur permet d'être assez résistants aux maladies de peau d'origine parasitaire. Si un Mandarin tombe malade, n'utilisez AUCUN médicament à base de métaux lourds (i.e. sulfate de cuivre). Ce type de médicament provoque un accroissement de la production de la couche de graisse corporelle, et le poisson peut littéralement étouffer dans son propre mucus (Achterkamp, 1986). En fait, ceci vaut pour la plupart des poissons sans écaille, comme les gobis et les blennies.
Les Mandarins sont parmi les rares poissons marins tropicaux dont on peut facilement déterminer le sexe. Il existe un certain nombre de différences morphologiques qui permettent de distinguer les différences entre les représentants des deux sexes. Le mâle tend à être plus gros et plus robuste que les femelles. Les nageoires caudale et dorsale sont plus grandes chez le mâle et sa tête est plus orangée. Pourtant, la différence la plus notable se trouve dans la nageoire dorsale. Les mâles ont le premier rayon de la dorsale beaucoup plus long que les femelles. En fait, chez certains mâles, ce rayon est assez long pour atteindre, lorsqu'il n'est pas dressé, le début de la nageoire caudale. Pendant la journée, les mâles et les femelles vont montrer un total manque d'intérêt les uns envers les autres, alors que, juste avant que les lampes de l'aquarium ne s'éteignent, ou juste après, le mâle va rechercher la femelle. Ils vont alors lentement décrire des cercles l'un autour de l'autre en s'élevant dans la colonne d'eau. Quand ils atteignent l'apogée de leur "dance", les oeufs et le sperme sont simultanément relâchés dans l'eau et le couple se sépare. Ce type de comportement peut se produire presque toutes les nuits pendant plusieurs mois. Comme les oeufs se mélangent au plancton, ils doivent être collectés immédiatement, avant d'être filtrés ou mangés. Les oeufs éclosent au bout de 18 heures et les larves mesurent environ 1 mm de long avec une membrane vitelline prédominante. La larve reste avec le plancton environ deux semaines avant de se diriger vers le substrat. Les larves des Mandarins sont extrêmement petites et ne peuvent pas être nourries avec des rotifères comme première nourriture, mais des succès ont été obtenus en utilisant des nauplies de copepodes (J. Sprung, communication personnelle). D'autres ont rapporté que des réussites ont été obtenues en utilisant des rotifères comme première nourriture, le facteur important étant probablement la variété de rotifères utilisée (il existe des différences de taille).
Avec l'apparition des aquariums récifaux et des techniques de collecte et de transport perfectionnées, ces joyaux vivants du récif deviennent de plus en plus courants dans les aquariums.
(1) N.D.T.: Il faut éviter de les associer aux Pseudocheilinus hexatenia, qui ne supportent pas cette compétition alimentaire
(2) N.D.T. : nous sommes plusieurs à avoir noté une possible consommation des Planaires par S. splendidus