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SEAFARI AUX PHILIPPINES

 
Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT, le 25/06/98
 
 
INTRODUCTION
 
Voici le récit intégral d'un voyage-plongée fantastique de 2 semaines aux Philippines, entre le 01/06/98 et le 12/06/98. Le but de ce récit est à la fois de vous faire rèver, et de vous faire découvrir un pays et des récifs lointains...
 
Après consultation d'un échantillon de catalogues d'organisateurs de voyages plongée, nous avons jeté notre dévolu sur le 'Seafari' proposé par Abyss, car c'était le seul qui proposait un parcours rythmé, diversifié et original, nous faisant parcourir une partie des Philippines sans pour autant nous obliger à vivre à temps complet sur un bateau. Le choix de cette région de la planète était guidé par sa richesse en récifs : plus de 7000 îles totalisant 27 000 km2 de récifs coralliens parmi les plus riches du monde. Quelques 385 espèces de poissons vivent ici, de même qu'environ 500 espèces de coraux et d'invertébrés... de quoi faire rêver !
 
Notre voyage nous fera parcourir le trajet suivant entre les îles du centre des Philippines :
 
 
 
LE VOYAGE
 
31/05/98 : Notre avion décolle de Paris (Philippines Air Lines). 11H30 de vol avant d'atteindre Bangkok pour une première escale (Paris - Bangkok : 9800 km). Le défilé des noms des villes et des pays en temps réel sur un écran, nous fait à la fois rêver et prendre conscience de la distance que nous parcourons : Allemagne, Hongrie, Yougoslavie, Iran, Pakistan, Inde, Thaïlande,...
 
L'escale dure une heure, le temps pour une armée de nettoyeurs de remettre l'avion en état et de le remplir à nouveau de passagers, et c'est à nouveau 2H50 de vol vers Manille. Là, nous avons la chance de pouvoir attraper le vol domestique pour la ville de Cebu, avec 2 heures d'avance. C'est toujours cela de gagné, et après environ une vingtaine d'heures de voyage, nous voici arrivés, le 01/06/98, au Kontiki Resort, Ile de MACTAN, où Christophe et Hervé, d'Abyss, nous offrent un verre de bienvenue.
 
Il est 17:00, et nous avons une petite heure pour découvrir un petit hôtel correct où nous ne resterons que cette première nuit (ainsi que la dernière du séjour). Hôtel est en bord de mer, et mon attention est rapidement attirée par les nuées de petits crabes rouges et autres crabes violonistes qui vivent à quelques mètres de nos chambres... Ha ! nos premières bestioles exotiques !
 
Après un très bon repas à base de beignets de calamars, boeuf émincé en sauce, riz parfumé et mangues juteuses, nous passons notre première nuit dans une chaleur lourde et humide (33 °) qu'un ventilateur ne dissipe qu'avec peine dans un vrombissement entêtant... Notre sommeil est haché par les manipulations du ventilateur et l'écoute du chant des coqs de combats * (nombreux et proches !) qui commencent à chanter vers 3h00 du matin...!
 
 
02/06/98 : Réveil à 6:00 (nous ne sommes pas venus pour rigoler !!). Nous partons pour Moaboal, sur l'ile de CEBU, à 3h00 de mini bus (climatisé, ce qui n'est pas un luxe, car la température monte jusqu'à 37 °C). Occasion unique de traverser le pays par les terres, au milieu des tricycles * et à travers des villages pittoresques dont l'aspect change au fur et à mesure que nous nous éloignons de la ville de Cebu, pour devenir de plus en plus verdoyant. De constructions citadines en dur, les maisons deviennent de plus en plus fabriquées en matériaux naturels au fur et à mesure que nous nous éloignons de Cebu city.
 
A l'issue de notre voyage, nous arrivons à notre hôtel, le Sumisid Lodge, au centre d'un petit village dédié à la plongée tout en restant très couleur locale. L'hôtel dispose d'une dizaine de chambres, dont 5 climatisées avec salle de bain, eau douce courante, et électricité en permanence. Il est situé à une quinzaine de mètres de la mer et est particulièrement agréable, tant grâce à l'ambiance familiale qui y règne, que grâce à la beauté des lieux.
 
A peine arrivés, un excellent repas * nous y est servi, puis après un briefing général sur le déroulement des plongées, nous partons pour notre première plongée, ce qui nous donne aussi l'occasion de monter sur notre bateau * et d'y faire la connaissance de son équipage (3 matelots, un capitaine, et un guide de plongée Philippins). Nous avons de la chance, nous ne sommes que 4 vacanciers pour 6 accompagnateurs et un bateau de 14 m !
 
 
TONGO POINT : Comme beaucoup de sites locaux, nous voici sur un tombant surmonté d'un platier sous 4 mètres d'eau par lequel nous finirons notre plongée. La visibilité est moyenne (15 mètres, ce qui représente la visibilité habituelle semble t-il dans la région) à cause des sédiments qui flottent dans l'eau. Qui a dit que l'eau des récifs était claire comme du cristal ? La température de l'eau est très élevée : 29 °C en moyenne, avec une pointe à 31 °C sur le platier, car nous sommes en fin de saison, au moment où l'eau est la plus chaude. Ce qui frappe tout de suite, par comparaison avec la Mer Rouge, c'est la grande diversité en coraux durs, avec une nette prépondérance des coraux à petits polypes (SPS) : Acropora, Montipora, Pocillopora, Seriatopora, Merulina, Pavona, .... Quelques coraux à gros polypes sont visibles ici et là : Euphylia ancora, E. sinuosa, Favidae, Fungia, Goniopora,... Quelques rares Xenia pompeurs (type 'Pom-Pom', The Reef Aquarium Vol. 2 P. 253) y sont aussi visibles. Par contre toute attente, les populations de poissons sont plus réduites et moins colorées qu'en Mer Rouge. Il semble que la pêche à outrance en soit la cause principale. Néanmoins, Demoiselles, Anthias, Pseudocheilinus hexataenia, Corythoichthys flavofasciatus, Ctenochaetus striatus, etc... s'y laissent voir.
 
 
03/06/98 : A 7:00, les pêcheurs locaux sont déjà depuis une heure, à 30 mètres de l'hôtel, en train de pécher sur le tombant. Ils pèchent avec une Bangka * de petite taille, large de 40 cm et longue d'environ 3 mètres, à l'aide d'un simple fil de Nylon et d'un hameçon. La tête dans l'eau, ils surveillent leur appât et extraient rapidement de la mer tous les malheureux poissons qui y mordent. La méthode semble assez efficace !
 
PESCADOR : Tôt le matin, nous partons pour l'île de Pescador, à 20 minutes en bateau au large de notre hôtel. Ici aussi, un tombant vertical finit sur un fabuleux platier extrêmement dense, où les Acropora s'entremêlent avec de nombreux coraux durs en plateaux. Des bancs de poissons (Thons, Platax, Anthias, Demoiselles,...) peuplent le récif. On peut aussi y voir entre autres des rhinomurènes (Rhinomuraena amboinensis) et du corail noir...
 
 
 
Après cette plongée, des tricycles cahotants sur les routes * de terre battue empierrées nous emportent pour une petite visite dans une immense ferme d'Orchidées, puis pour une visite du marché local, typique, avec ses odeurs très particulières, fortes et épicées. Nous y sommes les seuls touristes, mais les autochtones * nous jettent un simple regard curieux, et personne ne cherche à nous proposer l'affaire du siècle comme ce que l'on peut voir dans de nombreux autres pays.
 
 
WHITE BEACH : A 10 minutes de l'hôtel, nous découvrons un fantastique rassemblement de coraux divers, durs et mous, avec un nombre d'espèces ahurissant; des anémones rouges fluo, des Acropora rarement vu chez nos détaillants aquariophiles (dont probablement : A. humilis, A. nobilis, A. millepora ou tenuis, A. cytherea, A. paniculata, A. hyacinthus, A. echinata, A. granulosa, A. sulglabra,...), des crevettes symbiotiques, des nudibranches (Phyllidia arabica,...)... Ici comme ailleurs, les Plerogyra sinuosa (corail bulle) sont souvent couverts de Planaires rouges, que l'on retrouve sur d'autres coraux comme les Tubastrea ou les Alcyonnaires. Des SPS en plateaux type Pachyseris speciosa prennent des ampleurs étonnantes et sont présents partout. D'autres espèces encore sont présentes, telles les Stylophora et une grande diversité de Montipora (M. Confusa, M. capricornis, M. Danae, M. digitata, M. spumosa,...), les Pectinia, Lobophyllia, Symphyllia, Hydnophora, Merulina, Favidae, etc... et il est bien difficile de toutes les remarquer tant elles sont nombreuses !
 
 
La famille des éponges est ici, d'un manière générale, particulièrement remarquable, avec des spécimens géants (plus d'un mètre de haut), de toutes les formes, et dont certaines recouvrent les branchent des Acropora morts, leur donnant l'aspect du vivant avec une robe bleue !
 
 
HOUSE REEF (de nuit) : Le temps de se remettre de notre plongée précédente, et nous repartons voir ce que donne cette fois-ci le récif situé devant l'hôtel, de nuit. La pénombre est le domaine des crabes et des crevettes et c'est aux Philippines particulièrement vrai, tant l'on peut en voir. D'énormes (de la taille d'un ballon de foot !) crabes 'parachutes' portant des plaques d'éponges sur leur dos en guide de camouflage, déambulent lentement, pendant que des crevettes de 10 cm se figent sous nos lampes. Pas effrayé, un nuage de crevettes nageuses (3 ou 4 cm de long) nous entoure soudain, attiré par la lumière. Les crabes sont très présents dans les coraux, qui, ouverts, chassent le zooplancton qui grouille littéralement devant nos lampes. Les Holothuries, très discrètes dans la journée ( à part les Synaptula qui prolifèrent sur les éponges), et représentant de nombreuses espèces (Euapta godeffroyi, Pearsonathuria graeffei, Holothuria edulis,...) sont de sortie, et les roches frémissent de micro-vies invisibles de jour. Les nudibranches et autres vers plats de grande taille sortent aussi la nuit, et nous en verrons certains dont le diamètre est d'environ 20 cm.
 
 
04/06/98
 
PESCADOR - Autre coté. Le long du tombant, des grands bancs de poissons viennent nous tenir compagnie, dont des Carangues d'environ 50 cm. Sur le Platier (sous 5 mètres d'eau), des bancs de Chromis veridis et d'Anthias mauves créent un ballet féerique. Une murène se cache sous un Acropora tabulaire... Des colonies de Montipora digitata, presque rouges à force d'être roses, formes des tâches colorées sur un parterre continu de SPS entrelacés. Le Bryareum forme de grandes plaques, et recouvre des colonies de Montipora spumosa (?) vivantes, les étouffant dans sa quête de la lumière.
 
 
 
A peine remontés sur le bateau, nous reprenons la mer pour nous rendre aux Kawasan Falls, chutes d'eau d'une dizaine de mètres de haut qui descendent des hauteurs. Le chemin commence sur une plage, passe par une route (sous un soleil de plomb), puis l'on traverse une forêt tropicale très belle et un village qui fait penser aux villages vus dans les films américains sur la guerre du Vietnam... La vie dans les campagnes reculées est assez proche de ce qu'elle devait être il y a des siècles, tout en ménageant souvent des paradoxes : c'est ainsi que des femmes lavent du linge dans le ruisseau, au pied d'une centrale hydroélectrique... Après 30 minutes de marche, nous découvrons la cascade, qui se déverse dans une grande piscine naturelle où l'eau est rafraîchissante sans être froide. C'est l'un des charmes de ce Seafari, Abyss ménageant des découvertes terrestres afin de nous permettre d'avoir une vision plus profonde du pays.
 
Après un bain et une petite sieste, nus reprenons le chemin du retour vers le bateau pour notre prochaine plongée.
 
 
 
TONGO POINT - de nouveau, mais nous allons le voir, plonger plusieurs fois au même endroit apporte des joies différentes ! Tout d'abord nous sommes descendus immédiatement à 20 m, d'où l'on surplombe un tombant vertical vertigineux, qui donne la sensation de faire de la chute libre au dessus du vide pour peu que l'on s'écarte un peu du tombant... Au bout de quelques minutes, une gorgone immense (4 mètres d'envergure) nous barre le passage. Belle bête ! Nous aurons l'occasion de voir d'autres grandes gorgones de ce type sur d'autres récifs. Un peu plus loin, une tortue imposante, d'un diamètre approximatif d'un mètre, quitte majestueusement le tombant pour s'enfoncer lentement dans le bleu du large...
 
Des vers tubicoles (Reterebella queenslandica, Bonellia sp) laissent apparaître plus d'un mètre de tentacules, destinés à capturer leurs proies. Le nombre d'espèces de coraux est infiniment trop important pour que l'on puisse tous les reconnaître et les citer...Les Acropora semblent être plus tabulaires qu'arborescent. Sur le platier qui finit notre plongée, à de rares endroits, des Acropora humilis d'un rose soutenu, et une autres espèce d'un bleu intense, tranchent avec la tendance marron-crème-vert de l'ensemble. Comme souvent dans nos aquariums, les couleurs rouges et bleues sont rares, et ne représentent que moins de 5% des couleurs. Ici, d'une manière générale, la croissance rapide des coraux est évidente (bien plus qu'en Mer Rouge) et les bords et les têtes des colonies sont souvent blancs ou colorés sur 1 cm ou plus.
 
 
 
De nombreux Plerogyra sinuosa (beiges ou verts avec une ligne blanche dans l'axe de chaque bulle) sont aussi ici infestés de planaires rouges. Plus rarement, les planaires sont vus sur d'autres coraux (diverses espèces de Tubastrea). A la surface, de petites méduses électriques en forme de calamar (Leucathea sp) ou d'avions biplans, clignotent et pulsent une lumière rouge irridescente qui se propage d'un bout à l'autre de leur corps. Féerique spectacle donné à ceux qui prenent le temps de les observer ! La température est de 32 °C sur le platier, par 4 mètres de fond.
 
Après la plongée, une visite chez un habitant Suisse-Allemand de MoalBoal était organisée par notre guide, hors programme. Originalité de cet habitant : 7500 litres d'aquariums marins, à quelques mètres de la plage ! Ce passionné a commencé il y a 5 ans, sans connaissances de base, et à force d'acharnement, montre maintenant une installation impressionnante : les 7500 litres sont répartis entre un grand bac principal de 2,5 m, des bacs intermédiaire de 1 m, 1,2 m, et de tous petits bacs spécifiques de quelques dizaines de litres. Le tout fonctionne avec la même eau, en liaison avec une cuve tampon de 5000 litres... Les seuls paramètres contrôlés sont le pH et le rédox, plus la température qui représente un vrai défi avec 35°C à l'ombre. Les bacs sont ventilés par un énorme plafonnier, et des dizaines de Kg de glace en containers plastiques sont immergés chaque jour dans la cuve tampon. 30 Kg durent 10 minutes avant de disparaître... 400 litres d'eau sont changés chaque jour avec de l'eau de mer naturelle. La lumière est diffusée par une association de tubes blancs et bleus, les HQI ne résistants pas aux variations d'intensité du courant local, qui plonge souvent à 170 v. Un écumeur hybride maison, à la fois à diffuseur et à injection, construit à l'aide d'un bidon de 20 litres cylindrique et d'une coupelle TUNZE, sort 500 ml d'écume par jour. Petit détail, un Philippin est payé à temps plein (mais ici quelqu'un de bien payé touche 1000 FF par mois) pour s'occuper des bacs, aller pêcher de petits poissons vivants pour nourrir les gros, ainsi que du plancton, des vers,... La richesse des bacs, par ailleurs très sains, est proprement phénoménale : plus de 120 poissons (!) se partageant les 2500 litres de cuves, dont la majorité grand comme la main. En fait, je n'ai jamais vu autant de poissons dans un bac ! Ceux-là cohabitent depuis 1,5 an sans problèmes aux dires du propriétaire. A mon avis, la surpopulation ne permettant aucunement la création d'un territoire, les combats en sont limités, mais les conditions de vie sont loin de l'idéal. De petits poissons (clowns, demoiselles,..., soit 40% de l'effectif environ) sont destinés à être mangés par les gros, tôt ou tard. De beaux Catalaphyllia et des Tubastrea (nourris à la main, chaque jour, d'un poisson vivant) constituent la majorité des coraux. Des anémones de toutes tailles et de toutes formes abritent plein de petits clowns différents. Des nudibranches, de vers plats, des oursins, une Mantis de 20 cm, des escargots, des porcelaines, des crabes,... créent une population d'une diversité que nous ne pourrons jamais obtenir chez nous.
 
 
 

Suite...
 

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