Entre la mer et l'aquarium de l'amateur, la filière est globalement la suivante :
A chaque étape, les animaux pêchés payeront une dure dîme :
Pour illustrer le propos d'aujourd'hui, voici la copie d'un courrier envoyé par un détaillant français à un fournisseur bien connu du marché français. Les noms ont, pour des raisons évidentes, été supprimés.
Suite à mon dernier arrivage je me pose beaucoup de questions. Vers 20h30 un de mes employés vient prendre sa moto, garée devant le magasin. Il tombe devant votre livreur ! "C'est pas grave" dira celui-ci, "si je vous avais pas trouvé je serai passé demain". (FPL : rappellons qu'il livre des animaux qui viennent d'asie en direct...!!)
Mon gars, n'arrivant pas à me joindre vient me chercher chez moi. A 21h15, les colis sont dans le magasin. Votre livreur et mon vendeur s'en vont et moi je déballe!
1er carton, coraux mou, l'eau des sacs est tellement froide, que même après le voyage depuis chez moi en moto, mes mains en sont glacées! Décongélation à l'air ambiant (27°) : les polypes terminaux se liquéfient ! Seules les 2 colonies situées au coeur du carton s'en sortent à peu prés, le reste sera bouturé pour essayer de sauver les pieds (sans grand espoir!). Température dans les sacs : de 9°à 12° C !
2em carton eau douce Taiwan, le sacs de Cochonius n'a pas un survivant, ces jolis poissons colorés, de bonne taille, seront morts par manque d'oxygène dans un sac ridiculement petit ! Pour le reste des sacs 10% de morts en plus que d'habitude mais acceptable à la vue des conditions de température dans les sacs : 14° C.
3em carton, c'est à pleurer, de microscopiques demoiselles, dans des sacs minuscules : elles sont toutes mortes, mais le froid les à conservé et l'eau est resté cristalline. Leurs gueules sont déployées comme pour pousser un dernier cri de douleur, les Zanclus sont tout noirs, les Héniochus sont déjà raides, leurs grands yeux semblant me demander qu'est-ce qu'ils ont fait pour mériter de venir crever dans cette animalerie de merde si loin de chez eux! Le déballage des autres cartons d'eau de mer me fera dégueuler, et en chialant de honte et de rage je vais passer la nuit à acclimater tous ces cadavres.
18 poissons refuseront de crever, 5 sont encore couchés sur le coté. Pourquoi tous ces animaux sont ils morts ? Je n'ai pas choisi ce métier pour voir cette merde, mais pour l'inverse; Pas pour être un salaud, mais parce que j'avais envie de faire partager ma passion et pas d'ouvrir un cimetière. Je suis dégoûté et amer !
Il ne faut plus que cela arrive, je me refuse d'être le pourvoyeur d'une telle ignominie : s'il faut mettre du fric pour avoir des emballages corrects, des chaufferettes, des camions chauffés, des livraisons rapides, je suis d'accord. S'il n'y a pas de solution, dites le moi je changerai de boulot !
Ce courrier, manifestement écrit sous l'emprise d'une profonde réaction émotionnelle, souligne bien plusieurs points importants :
Ce que l'on a appris par la suite, c'est que suite à une perturbation des vols le même jour, beaucoup de retard a été accumulé ici et là, et c'est près de 150 cartons qui auraient finis à la poubelle... Avec une moyenne de 100 poissons par carton (dans le cas de l'eau douce), c'est 10 000 à 15 000 animaux aquatiques qui ont lamentablement péris cet unique jour là.
Cet article n'a pas pour vocation de dénoncer l'aquariophilie, car ce serait un raccourci ridicule. Je souhaite simplement faire prendre conscience à tous les amateurs que nos actions ne sont pas anodines. Continuer à acheter dans un magasin qui maltraite ses animaux c'est s'associer moralement à ses méthodes. Faire pression pour avoir des prix toujours plus bas, alors que les animaux deviennent de plus en plus rares et précieux, c'est augmenter les pertes durant le processus d'approvisionnement. La satisfaction d'acheter un bel Acropora tabulaire rose de 20 cm de diamètre pour 250 FF pourrait être quelque peu tempérée par la vision du tas d'animaux qui n'ont pas, eux, survécus...
De plus, il n'est pas bon que les animaux soient vendus à bas prix, car nous tombons alors dans les travers de l'eau douce : il devient plus facile de changer 10 poissons morts par semaine que de comprendre et corriger ce qui ne va pas. Tant que ce comportement scandaleux est réservé à quelques privilègiés qui ont les moyens de le faire, les dégâts ne sont pas trop importants. Etendons cette possibilité à tous les budgets, et les récifs n'existeront plus dans quelques années, à moins que cela n'accélère les interdictions.
Dans le même ordre d'idée, lorsque des grossistes-importateurs s'associent au capital de grandes surfaces à gros budget, les prix pratiqués sont très intéressants pour les amateurs. Cependant, les détaillants des environs, pour continuer à exister, se mettent alors à pratiquer des méthodes discutables qui leur permettent d'aligner les prix, au détriment de la vie des animaux.
C'est à nous, en tant que clients finaux, qu'il revient d'imposer nos standards de qualité et de respect des animaux. Lorsque les prélèvements en milieu naturel ne seront plus possibles, faute d'animaux ou en raison de lois de protection, il ne sera plus temps de se lamenter, et nous en serons les seuls responsables.
Et vous, que faites vous pour arrêter ça ?