Reproduction du corail

Version 1.0 du 11/09/99

Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT

 

L'un des moteurs de la vie consiste à se reproduire, afin de perpétuer et propager l'espèce et ainsi limiter les risques de disparition. Les coraux, comme les plantes, ont élaboré de multiples méthodes de reproduction, qui leur permettent de tirer profit de toutes les opportunités.

Reproduction sexuée

La méthode la plus évidente est la reproduction sexuée, qui consiste à pondre des oeufs et à s'assurer qu'ils seront fertilisés afin de donner la vie à une larve appelée planulae. Chaque polype d'une colonie corallienne est soit mâle soit femelle, soit hermaphrodite. La raison en est que chaque polype est issu par clonage du polype originel, celui qui provient de la larve. Le sexe de la colonie dépend donc du sexe du polype originel de la colonie.

La ponte et la fertilisation des oeufs peut se faire soit de manière externe, lors d'événements extraordinaires et rapides où tous les coraux se mettent à pondre en même temps, soit de manière interne, les femelles captant les spermatozoïdes qui pénètrent par la bouche de chaque polype afin de fertiliser leurs oeufs. Dans ce dernier cas, la larve se développera dans la colonie et ne sera expulsée qu'une fois totalement développée (Pocillopora, Dendrophyllia, Tubastrea,...). Sinon, la larve se développera en pleine eau, pendant une phase planctonique, avant de chercher un endroit du récif où s'accrocher.

Les coraux sont majoritairement hermaphrodites, et la fertilisation se passe généralement lors de pontes externes massives. Etant hermaphrodite, une même colonie peut donc s'autofertiliser, en interne ou en externe, afin de produire des larves, même si nombre d'espèces possèdent des mécanismes permettant soit de détecter et refuser un spermatozoïde de la même colonie (ex : Montipora digitata), soit d'utiliser des tactiques permettant d'éviter cela (en larguant les oeufs non fécondés un certain temps avant de relâcher le sperme par exemple).

(Photo prise à l'île de Guam lors d'une ponte)

Les proportions de coraux hermaphrodites à fertilisation externe varient d'un océan à l'autre :

La maturité sexuelle d'une colonie ne dépend pas que de son âge mais aussi de sa taille et du nombre minimum de polypes : chez les coraux durs massifs (Montastrea, Cyphastrea), la taille mâture correspond à 80-100 cm2, alors que pour les coraux durs branchus ramifiés (Acropora), les branches doivent atteindre 10 à 20 cm de long.

Cette reproduction sexuée ne peut aboutir que si toutes les colonies d'une même espèce pondent en même temps : les chances de fertilisation croisée sont augmentées, et les prédateurs (poissons, zooplancton, invertébrés divers) ne peuvent alors pas gober tous les oeufs émis, ce qui permet à quelques larves de survivre. Il a clairement été établi que cette synchronisation dépend étroitement des phases de la lune et de la température de l'eau. Ainsi, près de 130 espèces de coraux de la Grande Barrière de Corail d'Australie pondent simultanément lorsque l'eau atteint une température de 26 °C le premier jour après la pleine lune, ce qui arrive dans cette région vers le mois d'octobre. Le processus de maturation est contrôlé par la température, alors que l'heure de déclenchement est piloté par la lune. Ces paramètres peuvent varier d'une région à l'autre, et dans les Caraïbes ou en Mer Rouge, la ponte simultanée de toutes les espèces n'existe pas.

 

Reproduction asexuée

les coraux ont développé des méthodes de reproduction qui ne dépendent pas des pontes et de la fertilisation. Les conditions favorables pour ce genre de reproduction, que nous décrirons plutôt comme une propagation, sont assez diverses, et peuvent être suscitées soit par la colonie elle-même soit par un événement extérieur (prédation, accident, acte volontaire de l'homme,...)

(Photos : http://www.coralfarms.com)

 

Exemple de duplication sur un Montastrea : on distingue bien au moins deux petits squelettes dont le poids détend la chair du corail.
 
Exemple de duplication sur un Fungia : lorsqu'un Fungia est blessé profondément, il se met à fabriquer des clones, qui tomberont les uns après les autres de cette blessure. Un grand Fungia blessé peut ainsi donner des dizaines voire des centaines de rejetons totalement autonomes. Sur cette photo, nous distinguons bien, en haut à droite, un petit Fungia près à quitter le corail mère. Les Catalaphyllia, les Euphyllia et les Goniopora stokesi par exemple montrent des comportements similaires.
 
Cette technique est aussi utilisée par nombre de coraux mous (Sarcophyton, Sinularia, Lithophyton,...) : un bourgeon apparaît sur la base de la colonie mère, qui va grandir et s'en séparer une fois la taille critique atteinte.

 

 

 

Cette colonie de Xenia semble avoir adopté à la fois la méthode de la fission et celle de la lacération : la colonie mère originelle s'est scindée en deux puis les deux colonies ont progressé sur des trajectoires divergentes vers le haut de leur support. A un moment donné, la chair du pied se fendra et donnera naissance à plusieurs colonies autonomes.
 
L'anémone disque ci-dessous a déjà mis cette technique en oeuvre : le fragments du pied que l'on voit en va à droite donnera un nouvel individu sous peu.
 

 

 

Quelle reproduction choisir ?

Les coraux adoptent diverses méthodes de reproduction et propagation en fonction de leurs caractéristiques propres : vitesse de croissance, solidité, structure, agressivité, chacun faisant en sorte de dominer son environnement.

Comparaison des avantages entre une reproduction sexuée et asexuée :

Reproduction asexuée

Reproduction sexuée

Grande taille initiale

Petite taille initiale

Production permanente

Production saisonnière

Développement près de la colonie mère

Peut se disperser au loin

Développement immédiat

Longue phase de maturation

Passe directement à la phase adulte

Se développe suivant une série de phases

Environnement prévisible

Environnement imprévisible

Mortalité initiale faible

Mortalité initiale élevée

De la même manière :

Reproduction sexuée
Développement interne de la larve
Reproduction sexuée
Ponte d'un oeuf

Développement près de la colonie mère

Peut se disperser au loin

Phase larvaire réduite

Longue phase de maturation

Cross fertilisation réduite

Cross fertilisation importante

Faible Diversité génétique

Grande Diversité génétique

Environnement prévisible - adaptation facile

Environnement imprévisible

Les stratégies utilisées par les coraux durs pour survivre et se propager peuvent être classées en trois grandes catégories :

Les coraux durs peuvent posséder des attributs propres aux 3 catégories et modifier leur stratégie de reproduction en fonction de leur environnement. Ainsi, la température influence la durée de la saison de reproduction et un courant très puissant peut affecter le nombre de fragments produits en contraignant les colonies à adopter une forme trapue et massive (et donc solide) pour survivre.


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