Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT
L'un des moteurs de la vie consiste à se reproduire, afin de perpétuer et propager l'espèce et ainsi limiter les risques de disparition. Les coraux, comme les plantes, ont élaboré de multiples méthodes de reproduction, qui leur permettent de tirer profit de toutes les opportunités.
Reproduction sexuée
La méthode la plus évidente est la reproduction sexuée, qui consiste à pondre des oeufs et à s'assurer qu'ils seront fertilisés afin de donner la vie à une larve appelée planulae. Chaque polype d'une colonie corallienne est soit mâle soit femelle, soit hermaphrodite. La raison en est que chaque polype est issu par clonage du polype originel, celui qui provient de la larve. Le sexe de la colonie dépend donc du sexe du polype originel de la colonie.
La ponte et la fertilisation des oeufs peut se faire soit de manière externe, lors d'événements extraordinaires et rapides où tous les coraux se mettent à pondre en même temps, soit de manière interne, les femelles captant les spermatozoïdes qui pénètrent par la bouche de chaque polype afin de fertiliser leurs oeufs. Dans ce dernier cas, la larve se développera dans la colonie et ne sera expulsée qu'une fois totalement développée (Pocillopora, Dendrophyllia, Tubastrea,...). Sinon, la larve se développera en pleine eau, pendant une phase planctonique, avant de chercher un endroit du récif où s'accrocher.
Les coraux sont majoritairement hermaphrodites, et la fertilisation se passe généralement lors de pontes externes massives. Etant hermaphrodite, une même colonie peut donc s'autofertiliser, en interne ou en externe, afin de produire des larves, même si nombre d'espèces possèdent des mécanismes permettant soit de détecter et refuser un spermatozoïde de la même colonie (ex : Montipora digitata), soit d'utiliser des tactiques permettant d'éviter cela (en larguant les oeufs non fécondés un certain temps avant de relâcher le sperme par exemple).

Les proportions de coraux hermaphrodites à fertilisation externe varient d'un océan à l'autre :
La maturité sexuelle d'une colonie ne dépend pas que de son âge mais aussi de sa taille et du nombre minimum de polypes : chez les coraux durs massifs (Montastrea, Cyphastrea), la taille mâture correspond à 80-100 cm2, alors que pour les coraux durs branchus ramifiés (Acropora), les branches doivent atteindre 10 à 20 cm de long.
Cette reproduction sexuée ne peut aboutir que si toutes les colonies d'une même espèce pondent en même temps : les chances de fertilisation croisée sont augmentées, et les prédateurs (poissons, zooplancton, invertébrés divers) ne peuvent alors pas gober tous les oeufs émis, ce qui permet à quelques larves de survivre. Il a clairement été établi que cette synchronisation dépend étroitement des phases de la lune et de la température de l'eau. Ainsi, près de 130 espèces de coraux de la Grande Barrière de Corail d'Australie pondent simultanément lorsque l'eau atteint une température de 26 °C le premier jour après la pleine lune, ce qui arrive dans cette région vers le mois d'octobre. Le processus de maturation est contrôlé par la température, alors que l'heure de déclenchement est piloté par la lune. Ces paramètres peuvent varier d'une région à l'autre, et dans les Caraïbes ou en Mer Rouge, la ponte simultanée de toutes les espèces n'existe pas.
Reproduction asexuée
les coraux ont développé des méthodes de reproduction qui ne dépendent pas des pontes et de la fertilisation. Les conditions favorables pour ce genre de reproduction, que nous décrirons plutôt comme une propagation, sont assez diverses, et peuvent être suscitées soit par la colonie elle-même soit par un événement extérieur (prédation, accident, acte volontaire de l'homme,...)
Un corail est dit fragmenté lorsqu'une partie de la colonie, pourvue de polypes vivants, est séparée du reste de la colonie. Cet événement est très courant chez les coraux branchus ou les gorgones en raison de la fragilité de leur structure. Un poisson (tel les Balistes Titan par exemple), de forts remous ou une pierre qui tombe peuvent ainsi briser une partie de la colonie, qui, en se fixant sur la roche non loin, donnera une nouvelle colonie autonome. Cette méthode de reproduction semble être celle la plus utilisée par les coraux, de préférence même à la reproduction sexuée en raison du faible taux de mortalité, comparativement. Certaines espèces auraient même évolué au point de n'utiliser qu'exclusivement cette méthode pour se propager. La présence d'invertébrés foreurs (éponges, vers,...) est supposée faciliter cette fragmentation, en fragilisant la colonie à un endroit donnée.
Certains coraux, tels les Sarcophytons, dont le corps ne prête guère à une fragmentation accidentelle, ont élaborés un mécanisme qui leur permet d'autodécouper leur partie supérieure, générant de petits bouts qui formeront autant de nouvelles colonies potentielles.
Si cette fragmentation est réalisée naturellement dans la nature, elle est aussi la préférée des aquariophiles marins et des spécialistes de la restauration des récifs naturels. Des fragments de coraux branchus sont délicatement détachés d'une grande colonie :


Cette technique de bouturage est utilisée sur de grandes échelles par certaines fermes d'élevage de coraux, comme aux Iles Salomon :

Les coraux n'ont pas tous un squelette ou un corps conçu de telle sorte qu'il puisse se fragmenter aisément. Les coraux durs à gros et longs polypes ou certains coraux mous sont souvent dans ce cas. Ils adoptent alors parfois la méthode du bourgeonnement, qui consiste à créer un petit squelette entouré d'une boule de chair, qui sous son propre poids finira par se libérer seul de la colonie mère pour aller s'établir ailleurs. Il semble de ce type de reproduction soit souvent noté chez les coraux vivant dans des fond sablonneux (Catalaphyllia jardinei, Goniopora stokeisi, etc...), leurs planulae n'ayant guère de chance de survie sur un tel substrat mouvant.

Cette méthode, assez rare, consiste pour la colonie à expulser un ou plusieurs polypes, qui iront, au grés des vagues, se fixer un peu plus loin. Ce mode de propagation n'a été observé que sur des Seriatopora histrix captifs.
Certains coraux comme les Gorgones se propagent en résorbant leur tissu à 5/8 cm de l'extrémité d'une branche. La branche finit par tomber et faire des racines, ce qui donne naissance à une nouvelle colonie. Avec cette méthode, les populations de Gorgones Juncella peuvent produire jusqu'à 300 nouvelles colonies par mètre carré par an.
La fission consiste pour la colonie mère à se séparer en deux, dans le sens de la longueur, en partant du haut jusqu'à la base. Cette technique est généralement utilisée par les coraux mous arborescents. Cette opération prend entre une semaine (Xenia) et plusieurs mois en fonction de l'espèce.
Certaines espèces de coraux mous sont connus pour se déplacer sur le substrat, étirant leur pied derrière eux. Au bout d'un moment, la chair se rompra et donnera naissance à une nouvelle colonie. Cette technique permet aussi à la colonie de se multiplier en cas de prédation incomplète, ou de déchirure accidentelle.

Quelle reproduction choisir ?
Les coraux adoptent diverses méthodes de reproduction et propagation en fonction de leurs caractéristiques propres : vitesse de croissance, solidité, structure, agressivité, chacun faisant en sorte de dominer son environnement.
Comparaison des avantages entre une reproduction sexuée et asexuée :
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Grande taille initiale |
Petite taille initiale |
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Production permanente |
Production saisonnière |
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Développement près de la colonie mère |
Peut se disperser au loin |
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Développement immédiat |
Longue phase de maturation |
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Passe directement à la phase adulte |
Se développe suivant une série de phases |
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Environnement prévisible |
Environnement imprévisible |
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Mortalité initiale faible |
Mortalité initiale élevée |
De la même manière :
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Développement près de la colonie mère |
Peut se disperser au loin |
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Phase larvaire réduite |
Longue phase de maturation |
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Cross fertilisation réduite |
Cross fertilisation importante |
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Faible Diversité génétique |
Grande Diversité génétique |
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Environnement prévisible - adaptation facile |
Environnement imprévisible |
Les stratégies utilisées par les coraux durs pour survivre et se propager peuvent être classées en trois grandes catégories :
Les coraux durs peuvent posséder des attributs propres aux 3 catégories et modifier leur stratégie de reproduction en fonction de leur environnement. Ainsi, la température influence la durée de la saison de reproduction et un courant très puissant peut affecter le nombre de fragments produits en contraignant les colonies à adopter une forme trapue et massive (et donc solide) pour survivre.