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REGLER SON REACTEUR A CALCAIRE
(version 1.1 du 13/05/97)
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- Le réacteur à calcaire est probablement le moyen de fournir
du calcium à un aquarium récifal le plus pratique et le moins
contraignant que l'on puisse trouver, si l'on compare avec les contraintes
liées à l'utilisation de l'eau de chaux (avec ou sans réacteur)
ou avec les solutions du type chlorure de calcium et autres. Cependant, cet
appareil n'est pas exempte de contraintes et de problèmes, et il est
parfois nécessaire, même sur de courtes durées, de revenir
aux autres méthodes afin de lutter contre la baisse du pH, le manque
de calcium ou l'apparition de Dinoflagellées.
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- Je n'ai pas ici la prétention de donner une méthode de réglage
absolue d'un réacteur quelconque, car cela dépasse largement
mes compétences, mais de souligner certains faits qui ne sont pas toujours
clairement mis en relief. A partir de ces faits, chacun pourra en tirer ses
propres conclusions, éventuellement confirmer les miennes, tester certains
réglages sur son réacteur, et trouver le réglage optimal
d'une manière moins empirique que précédemment.
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- Tout d'abord, quel est le but ultime d'un réacteur à calcium
: fournir du calcium ! Cela paraît évident, mais ce qui l'est
moins, c'est la capacité de tel ou tel réacteur à fournir
du calcium en quantité suffisante et sans effet secondaire pervers.
Les réacteurs sont souvent considérés comme bons ou non,
suffisants ou pas, mais il nous manque généralement un grand
nombre de critères permettant de qualifier les appareils, de les comparer
entre eux, voire de simplement vérifier que leurs performances les
rendent aptes à être utilisés sur nos bacs. Par exemple,
un réacteur jugé très satisfaisant par untel peut parfaitement
ne pas suffire chez un autre : tout dépend de la taille du bac et de
sa population en coraux. Un bac de coraux mous consommera moins qu'un bac
de coraux durs, et une population de coraux durs donnée consommera
moins qu'une population deux fois plus importante. Pour comparer et juger
les réacteurs, il nous manque donc généralement des courbes
de production de calcium en fonction du débit d'eau en sortie, de CO2
en entrée, et du substrat calcaire utilisé (l'aragonite se dissout
mieux à un pH donné que la calcite).
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- Si l'eau de chaux permet de maintenir le pH d'un aquarium, il est fréquent
d'entendre les possesseurs de réacteur à calcaire se plaindre
de leur pH, qui évolue souvent entre 7.8 le matin et 8.1 le soir. Serait-ce
un effet secondaire des réacteurs ? Nous y reviendrons plus loin, mais
la dissolution du substrat calcaire étant réalisée grâce
à l'acidité engendrée par l'injection de CO2 (qui se
transforme en acide carbonique selon la réaction : CO2 +
H2O => H2CO3), il est inéluctable
que l'injection d'un volume d'eau donné à un pH généralement
beaucoup plus bas que celui du bac (généralement 6.5 pH ou en-dessous)
induise la diminution du pH que le bac aurait sinon naturellement, même
si la photosynthèse (consommatrice de CO2) est importante.
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- Autre reproche que l'on peut entendre à propos des réacteurs
: ils mettraient des phosphates dans l'eau. En fait, tout dépend du
substrat calcaire utilisé : le carbonate de calcium pur ne libère
que peu de phosphates lorsqu'il est dissout, contrairement à certains
sables de corail, qui résultant d'activités organiques, peuvent
contenir plus ou moins de phosphore. Malheureusement, et pour une raison encore
inexpliquée, on peut mesurer 0,1 ppm (test SERA) de phosphates dans
certains granulés de dureté du commerce (en mettant 1 cm de
granulés dans l'éprouvette de test) alors que le produit est
réputé pur à 99%... le 1% restant serait-il du phosphore
? Cette constatation, associée à la mesure des phosphates dans
certains sables de corail, nous amène à penser que certains
sables sont équivalents aux granulés de dureté en termes
de phosphates, mais comme ils se dissolvent mieux en raison de l'aragonite
qu'ils contiennent, et qu'ils libèrent en plus du strontium, il est
préférable de les utiliser dans un réacteur à
calcaire. Le tout est de trouver le bon sable !
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- Cet article est né de plusieurs expériences différentes
qui ont révélé le manque de données chiffrées
dans le domaine des réacteurs à calcaire. La première
expérience était en fait un banc de test sur les produits de
mesure du calcium, qui nous a permis de trouver un produit fiable et précis,
et de surcroît insensible au CO2 dissout dans l'eau testée, ce
qui est loin d'être le cas de tous les produits du marché. Il
était fondamental d'avoir un produit dont nous maîtrisions le
fonctionnement avant de pouvoir envisager d'autres expériences. Le
nouveau Salifert Profi-Test Calcium (celui avec 3 réactifs et 1 seringue
de dosage d'1 ml) répond à notre besoin. Après avoir
testé ses mesures sur des solutions étalons connues, nous avons
vérifié sa réaction vis à vis du CO2 dissout en
réalisant plusieurs mesures sur de l'eau issue d'un réacteur
à calcaire. Nous avons testé le calcium avec de l'eau immédiatement
prélevée à la sortie du réacteur, puis effectué
d'autres mesures avec la même eau ventilée ou laissée
reposer. Les mesures étant rigoureusement identiques, le produit a
été jugé apte à servir nos desseins. Seul inconvénient
de ce produit : il est assez difficile à trouver, le circuit de distribution
sur la France étant curieusement géré.
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- L'autre expérience partait d'une hypothèse de Stéphane
FOURNIER : un réacteur à calcaire pouvait très bien fournir,
pour un débit de CO2 donné, autant de calcium pour un débit
d'eau de 4 litres/heure que pour 2 litres/heure, 4 litres/heure étant
le débit recommandé en général pour le fonctionnement
du TurboCalc de Claude HUG que nous sommes en certain nombre à utiliser.
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- Aussitôt suggéré, aussitôt testé : j'ai
relevé systématiquement tous les paramètres concernés
(pH du bac, pH en sortie de réacteur, calcium du bac, calcium en sortie
de réacteur, débit d'eau, débit de gaz, date, heure)
pendant une semaine, en laissant un débit de CO2 constant, mais en
faisant varier le débit d'eau de sortie. Cette série de mesures
a permis de vérifier plusieurs hypothèses (voir graphique
1 des mesures), même s'il faudrait pouvoir poursuivre ce type de
mesures afin de pouvoir en tirer des abaques.
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Graphique 1
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- La première hypothèses concernait le débit en calcium
en fonction du débit d'eau du réacteur (à un débit
de CO2 contant). On le voit sur le graphique, plus le débit du réacteur
baisse et plus le débit du réacteur augmente en calcium, grâce
à une acidité en forte progression dans le réacteur (le
calcium est exprimé en dg/l (0,1 g/l) afin de permettre la lisibilité
de toutes les courbes sur le même graphique). Le fait que le calcium
du bac tende à se stabiliser est bien entendu totalement dépendant
de la consommation interne en calcium et donc de la population à un
instant donné. Il est intéressant de noter que le delta moyen
entre le calcium en sortie de réacteur et le calcium du bac augmente
proportionnellement en fonction de la réduction du débit d'eau
(à débit de gaz constant) :
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Delta moyen (mg/l)
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Débit d'eau (l/h)
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55
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4
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110
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2
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220
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1
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- Le calcium du bac est important à considérer car c'est bien
l'eau du bac qui entre dans le réacteur (sauf si vous y injectez de
l'eau osmosée pour compenser l'évaporation tout en injectant
une eau plus acide que celle du bac), et seule la différence entre
la taux de calcium en sortie de réacteur et celui en entrée
donne une idée de la production.
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- Autre hypothèse vérifiée par l'expérience :
plus l'acidité augmente dans le réacteur et plus la dissolution
du substrat augmente. Il est possible qu'à partir d'un certain seuil
la dissolution reste constante alors que l'acidité augmente, mais nous
ne sommes pas descendu assez bas pour le vérifier. Quoi qu'il en soit,
la comparaison entre la courbe de pH en sortie de réacteur et celle
de production de calcium montre que la production de calcium est totalement
liée à l'acidité (ce qui n'est pas une surprise), mais
aussi que cette production augmente exponentiellement par rapport à
la chute du pH dans le réacteur.
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- A partir de ces résultats, on en déduit aisément qu'en
fonction du besoin en calcium, il suffit d'augmenter le débit d'eau
en sortie de réacteur tout en y maintenant un pH très bas en
augmentant le débit en CO2. Malheureusement, c'est sans compter dans
la quantité d'acide déversée dans le bac et le fait que
le pH réagit exponentiellement en fonction de cet acide. Le graphique
2 montre comment, pour un débit de CO2 donné en faisant
varier le débit de sortie d'eau, le taux d'acide déversé
dans le bac augmente, pour un taux de calcium fournit équivalent. Le
graphique 3 montre lui comment, en fonction du débit d'eau du
réacteur et du pH que l'on y maintient, le débit d'acide déversé
dans le bac (en mol/l) augmente. les calculs sont effectués avec la
formule suivante : Acide en mol/l = débit (l) * 10-pH
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Graphique 2
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Graphique 3
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- La quantité d'acide en fonction d'un pH donné étant
une courbe exponentielle (plus le pH baisse et plus la quantité d'acide
augmente), cela explique pourquoi, à un débit de calcium équivalent,
un règlage d'un litre/heure est jugé moins performant qu'un
règlage de 2 l/h. A partir d'un certains seuil de pH en sortie de réacteur,
on ne peut plus maintenir le pH du bac, et c'est ce qu'illustre le graphique
4 suivant. L'évolution de la quantité d'acide est infime
entre 7,5 et 14 de pH, alors qu'elle augmente brutalement sous 7,5 de pH.
La quantité d'acide ne fait "que" doubler entre 6,5 et 6.0 de pH, alors
qu'elle triple entre 6.0 et 5.5, et augmente encore plus brutalement en deça
de 5,5. Ce calcul simple illustre les résultats fournis par les mesures
: à partir de 6.0 en sortie de réacteur, on ne maîtrise
plus la situation.
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Graphique 4 : Acide déversé pour un pH donné
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- Afin de comparer ces productions d'acide et mieux visualiser la performance
de tel ou tel réglage, le graphique 5 donne des courbes de ratios
d'acide déversé en fonction des débits. On y compare
le débit d'1 l/h par rapport à 4 l/h, 2 l/h par rapport à
4 l/h, et 1 l/h par rapport à 2 l/h (à débit de gaz constant).
Le trait noir gras définit à quel moment le taux d'acide déversé
est équivalent dans un cas comme dans l'autre. On y voit sans peine
qu'un débit de 2 l/h réduit de 20% l'acide versé par
rapport à un débit de 4 l/h (en tenant compte des pH moyens
constatés pour chaque débit, soit un pH de 6.2 pour un débit
de 2 l/h et un pH de 6.4 pour 4 l/h).
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Graphique 5
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- Ce paramètre « acide » est important car c'est lui qui
fait chuter le pH de l'aquarium et qui limite donc la production de calcium.
Avec un débit d'1 l/h, à débit de gaz constant à
et production de calcium équivalente à un débit de 2
ou 4 l/h, le pH en sortie de réacteur à chuté brutalement
sous 6.0, au point que le bac à perdu près de 0,1 pH en une
journée par rapport à d'habitude. Le réacteur n'avait
pas encore stabilisé son pH de sortie lorsque j'ai arrêté
l'expérience, craignant pour l'aquarium. En effet, le seul inconvénient
de ces expériences est que l'on doive absolument travailler sur du
« vivant », c'est à dire sur un bac qui consomme du calcium
et du CO2 via la photosynthèse.
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- En conclusion, il semble que le réglage optimal d'un réacteur
soit celui qui ne fait ni monter ni baisser le pH de l'aquarium, mais cet
optimal ne permettra pas forcément de maintenir le calcium. Peut être
que la conclusion de Ludovic MICHALON est finalement la bonne : pour maintenir
un pH élevé (mais pas trop), un calcium élevé
quelle que soit sa population de coraux tout en gardant une pression partielle
de CO2 faible (afin d'éviter l'apparition de Dinoflagellées),
la solution passe probablement par l'utilisation conjointe d'un réacteur
à calcaire, pour sa stabilité de production et son faible entretien,
et d'eau de chaux (éventuellement via un réacteur), pour sa
capacité à maintenir calcium, pH et alcalinité en consommant
le CO2 dissout dans l'eau et en précipitant les phosphates. Cette utilisation
conjointe complexe ne sera évidemment utile que pour les bacs récifaux
lourdement chargés en coraux durs constructeurs de récifs. Une
autre solution que certains ont déjà cherché consiste
bien évidemment à faire produire la quantité de calcium
nécessaire au réacteur, sans tenir compte du pH de sortie, puis
à faire en sorte que ce pH de sortie soit augmenté en traitant
le liquide issu du réacteur. Selon Stéphane FOURNIER avec qui
j'en ai discuté, il existe en gros deux méthodes. La première
consiste à faire passer ce liquide dans un tube très fin et
long rempli de substrat calcaire (ce qui revient à mettre un réacteur
derrière un réacteur) afin d'utiliser l'acide résiduel
pour fournir encore du calcium. L'autre consiste à injecter ce liquide
dans une colonne en circuit ouvert de bulles fortement brassées (du
type de se que l'on obtient dans un écumeur) afin de dégazer
le CO2 dissout. SI vous avez une expérience dans ce domaine, merci
de me contacter pour que nous en discutions.
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- J'ai conscience du manque de rigueur scientifique de cet exposé,
mais n'ayant jamais vu d'explication détaillée sur le réglage
des réacteurs à calcaire, il me semblait utile d'en faire une,
ne serait-ce que pour déclencher des réactions (en accord ou
pas avec mes observations) qui feront peut-être avancer la réflexion
écrite dans ce domaine et faire en sorte que l'empirisme recule.
Les mesures ont été réalisées avec du carbonate
de calcium (CaCO3) pur sous forme de calcite (marque TUNZE), et il serait
intéressant de réaliser des expériences avec de l'aragonite
pure ou du sable de corail. Si j'ai l'occasion de complèter ces observations
avec d'autres substrats, je ne manquerai pas de vous en faire part.
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- Fabrice POIRAUD-LAMBERT
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