REFUGE
Version 1.5 du 09/11/97
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- Mise à jour : voir en Bleu
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- par Fabrice POIRAUD-LAMBERT
Il existe des sujets qui sont finalement assez peu traités en proportion
par rapport aux autres, et celui des refuges et de leur rôle semble en
faire partie. Je n'en ai pas trouvé trace dans 'The Modern Coral Reef
Aquarium' (Vol. 1) de Fossa et Nilsen, et 'The Reef Aquarium' (Vol.1) parcours
le sujet en une page (157). D'autres auteurs apportent quelques informations
complémentaires que j'essaye de compiler ici.
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- De nombreuses voix s'élèvent depuis un certain temps pour
mettre en relief le fait qu'un refuge puisse apporter des bénéfices
important à l'aquarium récifal. Cependant, les refuges ne sont
qu'assez peu utilisés en raison de la place supplémentaire que
cela nécessite, du manque d'information complète que l'on trouve
à ce sujet (je n'ose même pas parler de ce que l'on trouve en
français, cela frôle le néant...).
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- A quoi sert un Refuge ?
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- Un refuge est un petit bac annexe à l'aquarium, par lequel transite
une partie de l'eau de l'aquarium (25% de l'eau descendant de l'aquarium vers
la décantation peut ainsi y transiter, A. THIEL, Comm. Pers.). Dans
ce bac, peu brassé, les sédiments et autres matières
en suspension (nourritures, détritus,...) vont se déposer et
permettre la vie d'un microcosme complet, tout en servant à la fois
de filtre et dans une certaine mesure de dénitrateur si l'épaisseur
de sable est suffisante, et, c'est le principal, de réservoir à
plancton.
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- En effet, équipé d'une couche de sable, voire de quelques
pierres vivantes ou non, cet univers perpétuellement alimenté
en nutriments divers va offrir une hospitalité sécurisée
à une population des petits animaux qui vont s'y reproduire sans aucune
prédation, les larves étant au fur et à mesure emportées
par le léger courant vers le bac principal ou elles serviront de casse-croûte
aux coraux et autres prédateurs.
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- The Reef Aquarium apporte une suggestion intéressante en photographiant
le Refuge du Smithsonian Institute, qui possède un fond conique équipé
d'une vanne permettant d'en siphonner le fond, afin de le nettoyer.
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- Que mettre dedans ?
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- Si le thème des refuges est peu abordé, les exemples de populations
sont par contre rares, même si tout le monde cite diverses crevettes.
Aquatic Wildlife Company, qui utilise les refuges, propose un 'package' complet
pour 90 USD (je n'ai pas d'action !!), et en donne la composition, qui nous
éclaire sur la population possible. En voici le détail, trouvé
sur le WEB d'Albert THIEL (www.thiel.com)
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- Ce package est donné pour un refuge de 40 litres connecté
à un bac entre 200 et 400 litres :
- - 1 kg de sable vivant
- - 25 crevettes Gammarus
- - 2 pierres couvertes de moules
- - un sac de plantes assorties (algues diverses, type Caulerpes)
- - 10 escargots Stomatella
- - 5 Bernards l'ermite à pattes bleues
- - 4 escargots du type Turbo
- - 1 petite Ophiure
- - 1 petite Holothurie.
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- Les crevettes peuvent être aussi des Lysmata type californica.
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- Comment le raccorder à l'aquarium ?
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- Voilà une autre bonne question à propos de laquelle les informations
sont particulièrement rares et/ou peu détaillées. Cela
donnera probablement lieu à une mise à jour de la description
de l'aquarium récifal idéal...
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- Nous avons vu plus haut qu'il fallait raccorder le refuge à l'aquarium,
et y faire passer un petit courant d'eau. En fait, des tests réalisés
par des Américains montrent semble t-il que le débit d'eau à
faire passer dans le refuge est équivalent à son volume par
heure. Si vous utilisez un refuge de 40 litres, il vous faudra donc injecter
40 l/h dedans.
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- Etant donné le but du Refuge, il semble aussi raisonnable de considérer
qu'aucune pompe de brassage ne viendra réduire notre élevage
de plancton en bouillie...
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- De même, il serait aberrant de connecter la sortie du refuge à
la décantation, ou l'écumeur se ferait un devoir de transformer
nos précieuses larves fraîchement écloses en écume...
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- Donc, il semble qu'une bonne méthode serait de prélever de
l'eau chargée en nutriments issue de l'aquarium principal, de l'envoyer
dans le refuge, puis de faire en sorte que cette eau reparte vers le bac principal.
De nombreuses méthodes peuvent alors être imaginées, toutes
tenant compte des contraintes propres à chaque installation.
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- Pour éviter la destruction du plancton, l'idéal serait que
l'eau entrante pousse l'eau sortante, la meilleure solution étant probablement
ici de faire en sorte que la surface de l'eau du refuge et du bac principal
soient au même niveau. L'immersion du refuge dans le bac principal est
donc une possibilité si vous manquez d'espace, la fabrication du refuge
à la surface de l'aquarium principal pouvant être une option
des fabricants.
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- Si vous manquez d'espace, votre décantation peut aussi être
dessinée afin de détourner une partie de l'eau arrivant vers
une zone refuge, dont la sortie donnerait directement sur la pompe de relevée,
et supposant que la pompe ne détruira pas tout le plancton.
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- Carlos Borges, aquariophile américain ayant
20 ans d'expérience, a récemment publié la description
de son bac sur www.aquariumfrontiers.com. Il utilise un refuge et voici en
synthèse comment il décrit la meilleure configuration qu'il
ait trouvée : une pompe (cela peut aussi être une dérivation
du flux de retour de la pompe de circulation principale) envoit de l'eau puisée
dans la décantation dans une cuve de décantation située
plus haut que le bac principal. L'eau qui sort du refuge redescend dans le
bac principal par simple gravitation. Carlos n'apprécie pas les caulerpes
dans son refuge (trop de toxines sont relachées), mais leur préfère
les algues calcaires telles les Halimeda. Il éclaire son refuge avec
un HQI de 175 W 5500K. Selon son témoignage, l'ajout de plancton dans
son bac principal est incroyable.
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- Si certains d'entre vous ont mis en place de tels systèmes, les explications
et conseils sont les bienvenus !
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- A quoi sert le plancton ?
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- En dehors de nourrir les poissons, le plancton semble être un apport
nutritif de choix pour les coraux, même lorsqu'ils sont hermatypiques.
De nombreux débats ont lieu sur ce sujet depuis que les coraux sont
hébergés en aquarium ou qu'ils sont étudiés dans
la nature, et face à ceux qui suggèrent que les Zooxanthelles
suffisent à nourrir les coraux hermatypiques, ceux qui prônent
le nourrissage avancent les arguments suivants. Il est intéressant
de noter que ce sujet rejoint quelque part celui de mon autre article sur
l'écumage.
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- Selon Delbeek et Sprung, les coraux hermatypiques se nourrissent de tout
ce qu'ils trouvent (plancton, bactéries, détritus et matières
fécales de poissons (Sorokin, 1973; Schiller and Herndl, 1989)). D'autres
encore peuvent directement absorber les hydrates de carbones qu'ils trouvent
dans l'eau (Stephens, 1962). Chaque corail peut adopter un type particulier
de nourrissage. Même si les coraux peuvent se nourrir, les auteurs soulignent
le danger de nourrir trop, les bacs récifaux permettant normalement
de fournir une partie de cette alimentation supplémentaire.
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- Un autre auteur, Ronald L. Shimek, décrit la morphologie des coraux
et insiste sur le fait que si les coraux hermatypiques possèdent des
nématocystes en grand nombre (sorte de micro-harpons empoisonnés,
qui jaillissent des coraux sous des pressions allant jusqu'à 155 Kg/cm2,
et qui sont déclenchés soit par la proximité d'une proie,
soit par les effluves chimiques, des stimuli nerveux, etc...), c'est bien
pour pouvoir chasser, car sinon l'énergie dépensée à
les fabriquer et à les utiliser serait inutile. D'aucuns pourraient
argumenter que les nématocystes servent à la défense,
mais R. Shimek cite une méduse marine vivant dans un lac d'eau filtrée
par les porosités des récifs environnants, qui ne n'en possède
aucun, la méduse ayant muté afin d'offrir plus de place aux
Zooxanthelles. Comme les Coraux durs ne montrent pas de telles mutations,
il en déduit qu'ils utilisent les nématocystes comme des armes
de chasse. Il cite même un corail dur hermatypique (Leptoseris fragilis)
qui à muté afin de pouvoir manger en continu, ce que les autres
cnidaires ne peuvent faire puisque leur bouche leur sert aussi d'anus. Il
semblerait même que des espèces comme celle des Goniopora se
nourriraient moins via la photosynthèse que via d'autres méthodes.
Ceci explique peut-être pourquoi les Goniopora se trouve souvent en
Mer Rouge par exemple en dessous de 10 mètres et jusqu'à 25/30
mètres. Il conclut en disant que les Zooxanthelles peuvent fournir
100% de l'énergie nécessaire à la survie des coraux,
mais que les nutriments additionnels peuvent aussi apporter 100% de ces besoins
et que pour grandir et réparer ses blessures, les coraux ont besoin
de plus de 100% de leurs besoin vitaux.
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- Dans un autre article, Ronald L. Shimek démontre que l'on trouve
entre 30 et 40 acides aminés différents dans les coraux, et
que combinés entre eux, ils forment des protéines. Or, les acides
aminés sont des acides organiques associés à de l'azote,
et la photosynthèse ne produit strictement aucune source d'azote aux
coraux... Donc, il existe d'autres moyens :
- - des produits azotés traversent les Zooxanthelles et pénètrent
à travers les tissus des coraux, mais cet apport ne peut être
que faible,
- - la consommation de proies vivantes leur apporte à la fois des produits
azotés et des matériaux de construction (calcium, minéraux)
en grandes quantités, via leurs carapaces et arêtes. Selon Shimek,
les produits de la chasse apporteraient une part non négligeable du
carbonate de calcium nécessaire à la croissance des coraux...
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- Parmi les auteurs qui publient volontier sur Internet, Eric BORNEMAN décrit
dans une série d'articles sur Aquarium.net, une théorie fort
intéressante sur la coloration des coraux, qui rejoint les théories
ci-dessus. Il confirme ainsi que les pigments qui aboutissent à la
coloration des coraux ne peuvent être obtenus que par une alimentation
autre que la photosynthèse. Il avance entre autres que 150% des besoins
alimentaires sont fournis dans la nature par la photosynthèse, et que
70% suplémentaires sont fournit chaque jour par la consommation d'organismes
vivants. Il avance alors l'hypothèse que lorsque l'on met un SPS très
coloré dans un bac très écumé, si le corail tourne
rapidement au marron, c'est essentiellement parce que la seule source d'alimentation
est alors la photosynthèse, et qu'il n'obtient pas là aucun
pigment.S'il n'écarte pas le fait que la lumière semble avoir
une incidence non négligeable sur ce point, il insiste sur le rôle
important des compléments nutritifs.
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- Dans le Volume 2 de The Reef Aquarium (p. 52 et suiv.), Delbeek et Sprung
apportent d'autres informations cette fois-ci relatives aux coraux mous (octocoralliaires),
en citant des études qui démontreraient que beaucoup de coraux
mous (il existe cependant des exceptions à l'inverse) ne peuvent pas
survivre à l'aide de leurs seules zooxanthelles et qu'ils ont besoin
soit de prélever des nutriments dans l'eau, soit de chasser, soit les
deux. Ils citent aussi les travaux de Best, (1988) qui démontrent que
l'Alcyonium digitatum ne devrait sa belle couleur orange qu'aux caroténoïdes
contenus dans leur nourriture à base de Dinoflagellées. Toujours
selon eux, la quantité de Phytoplancton serait supérieure sur
le récif à celle du zooplancton.
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- J.E.N. Veron ne se pose quant à lui pas la question de savoir si
les coraux chassent ou pas : c'est une simple évidence dont il décrit
le mécanisme, sans faire d'hypothèse concernant la coloration.
Si tout le monde semble d'accord pour dire que les coraux, durs ou mous, ont
besoin de compléments nutritifs à la photosynthèse, l'aquariophile
récifal, dans sa volonté d'approcher le plus possible les conditions
naturelles optimales, ne pourra que s'interroger sur la méthode à
utiliser.
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- On le voit, l'apport nutritif fournit par un refuge peut être bénéfique,
et ce d'autant plus qu'il reste naturel et ne risque pas de polluer inconsidérément
l'aquarium. Un corail bien nourrit est un corail fort, qui ne risque pas de
succomber au premier stress.
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- Il y a beaucoup à dire sur ce sujet, mais le mieux est de vous reporter
aux articles et livres cités ou existants.
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- Bibliographie
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- * Delbeek et Sprung, 'The Reef Aquarium' Vol. 1, 1994
- * Ronald L. Shimek,'Feed your Corals' (Aquarium.net)
- * Ronald L. Shimek , 'Why and What : Foods, and feeding in Aquarium Coral
Husbandry' (Aquarium.net)
- * Eric Borneman, 'Pocillopora - the Cauliflower Coral - Coloration pt. 1'
(Aquarium.net)
- * Eric Borneman, 'Bird's Nest Coral... Feathers Not Includes - Coloration
pt. 2 ' (Aquarium.net)
- * Eric Borneman, 'The Elusive Bleu Tipped Acropora - Coloration pt. 3 '
(Aquarium.net)
- * J.E.N. Veron, 'Corals of Australia and the Indo-Pacific'
- * Tank Setup of Carlos Borges, www.aquariumfrontiers.com
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