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PAPOUA BARAT
Expédition ABYSS, Novembre 2001
Par F. Poiraud-Lambert

Partie 2/3

1 - Le voyage
2 - Manokwari
3 - Sorong & le Camp de l'Ile de Kri

4 - Conclusion
5 - Conseils aux voyageurs
6 - Photo et Vidéo sous-marine

 

Retour Sommaire 3 - Sorong & le Camp de l'Ile de Kri


18/11/01 - Une fois débarqués du ferry, nous créons une pile de bagages que notre guide et ses bateaux ne tardent pas à venir chercher : partis la nuit de samedi à dimanche, ils ont dû affronter des vagues énormes en proportion des bateaux, et sont en fait arrivés en même temps que nous, épuisés.

Ils ne sont pourtant pas au bout de leur peine, et nous non plus, car il nous reste maintenant 90 minutes de mer pour couvrir la distance qui nous sépare de l'île où se trouve le camp. La mauvaise qualité du carburant nous obligera cependant à de nombreux arrêts pour déboucher les durites d'arrivée d'essence, obstruées par des particules de plusieurs millimètres de large, composées parfois de fourmies...!! Mais le but du voyage en vaut la peine, et nous arriverons au camp en fin de journée, après avoir couvert les 350 km qui nous séparent de Manokwari.

Le camp se trouve sur l'ile de Kri, à 70 km de la ville de Sorong. 100% végétal et assemblé à la main selon les méthodes traditionnelles Papou, le camp se compose de bungalows sur pilotis pour les chambres et la cuisine-Salle à manger, tandis que les locaux "techniques" (wc, douches, Dive shop) se situent sur la terre ferme.


Le camp et ses bungalows sur pilotis

Seuls les WC disposent d'un sol de béton carrelé, avec une cuvette en email. L'ensemble, établi sur une plage de sable crème qui ressemble à du sel très fin, dégage un charme puissant.


Le camp vu de loin... et sa plage de Paradis

Le chant exotique de nombreux oiseaux (fichier son de 106 Ko) compose, avec le bruit des vagues, une symphonie qui change agréablement de la fureur des villes. Les chambres, spacieuses et aérées, sont équipées de lits à moustiquaires, et pour certaines d'entre elles de prises de courant électrique, ce qui sera fort utile pour les batteries de nos équipements photo & video sous-marins, de même que pour les lampes de plongée.

Une chambre
L'entrée des Bugalows

 

Au final, bien que très simple, le camp offre cependant des conditions de vie très agréables.


Récits de plongée

18/11/01 - Malgré la perturbation du voyage (Les bateaux et leurs équipages viennent de voyager 12 heures avec les compresseurs et les bouteilles, dans une mer creusée), nous arriverons à organiser notre première plongée.

Mike's Point - de nuit : Petit ilôt d'une dizaine de mètres de large à 10 minutes de bateau du camp. Le platier qui l'entoure nous révèlera une profusion de poissons, de coraux durs et mous, de gorgones de toutes les couleurs. La diversité est incroyable ! Enfin un vrai récif corallien ! Notre premier contact avec Sorong nous change considérablement des décors sous-marins de Manokwari ! Vivement demain que l'on essaye d'autres sites !


Des gorgones de toutes les couleurs !

19/11/01 - Après une nuit chaude (la climatisation est assurée par la brise du large), bercés par le chant des oiseaux et le clapot des vaguelettes sur le sable, nous nous apprêtons pour notre première plongée de jour, assez impatients après ce que nous n'avons fait qu'aperçevoir de nuit hier soir.

Cap Kri : Récif situé sur une pointe de l'ile de Kri. La visibilité est faible (10 à 15 m) et la lumière est pâle car le soleil est voilé. Il semble que de novembre à janvier, si les conditions climatiques ne changent guère (un peu plus de vent, à peine plus de pluie, et une température similaire de l'air et de l'eau), les eaux se troublent et la visibilité chute. Par contre, les poissons sont partout en bancs, dont un banc de perroquets à bosse avec des adultes énormes. Des nudibranches, une grosse seiche et du corail à profusion complèteront le tableau.


Une seiche géante (Sepia latimanus), qui peut atteindre 150 cm de long sur 50 cm de large
Un nudibranche

 

Sardines' Reef : La visibilité est toujours aussi faible… Les poissons sont partout, mais quel dommage d'avoir de la purée de poix !

Chicken I : Nous avons pu aperçevoir que quelques tortues et barracudas… Pendant ce temps, l'un des bateaux est retourné sur Sardines' reef, et plusieurs plongeurs sont tombés sur un " mur " de Perroquets à Bosse !!


Une tortue

House Reef, de nuit : La jetée du camp va jusqu'au bord du tombant, qui descend jusqu'à 15 m environ. Le platier et le tombant sont couverts de nombreuses espèces de coraux, tant durs que mous.


Le platier du camp, de nuit

La vie y est intense : Hypocampes fantômes, Bernards l'ermite divers, crabes, crevettes, nudibranches, vers, etc… Très agréable si l'on prend le temps de chercher les petites bêtes ;-)



L'une des espèces d'hypocampes fantômes locales
(Solenostomus leptosomus)

Un Bernard l'ermite de belle taille :
celui d'un ballon de foot !


Durant la nuit, comme toutes les nuits, la tempête se lèvera, accompagnée d'une pluie intense. Le matin suivant sera cependant calme et lumineux. Il vaut mieux qu'il pleuve la nuit et non le jour !

20/11/01 - Levés à 6:00, nous prenons un petit déjeuner rapide et partons pour une première plongée matinale. La nourriture du camp est très bonne et variée, ce qui participe à l'agrément du séjour. Les sirops sont en libre service, de même que le thé et le café. L'eau est de l'eau bouillie, ce qui est un standard local, l'eau en bouteille étant elle-même de l'eau bouillie. Pour des raisons d'approvisionnement et de coût, l'eau n'est pas fournie en bouteille au camp, mais ce n'est pas un problème, et cela permet de l'avoir gratuite et d'un goût meilleur que la plupart des eaux en bouteille. Au final, le budget "argent de poche" est donc très restreint puisqu'il n'y a rien à acheter au camp !

Chicken Reef : Si le temps en surface est lumineux, la clareté de l'eau ne s'est pas améliorée. La plongée se fera donc par 15 m de visibilité maximum, avec des bancs de poissons et un requin Wobbegong.


Un requin Wobbegong. Notez la "barbe" ramifiée qui entoure la tête du requin,
et qui lui permet de fondre son contour dans le décor. Cet effet est particulièrement visible du dessus.

Mios Kon : Cette fois-ci, Otto, notre guide Papou, nous emmènera sur un site à spectacle : un autre requin Wobbegong, un Bénitier géant (plus d'un mètre de long), des hypocampes pygmés, etc… Une plongée riche !


Un petit bénitier d'un mètre de long !

Cherchez l'hypocampe...

 

Sardines' Reef : Nous retournons sur ce site afin d'y chercher le "mur" de Perroquets à bosse que certains ont vu... mais cela ne sera pas pour cette fois...

Waï Beach - de nuit : nous allons cette fois explorer le House Reef d'un ancien camp de notre guide, à 45 minutes de bateau. Le décor est "lunaire", avec du sable, quelques herbiers et des zones où le corail a été broyé, mais comme d'habitude, ce sont souvent ces décors qui nous réservent les plus grandes surprises la nuit ! Et nous ne serons pas déçus :
- Des bénitiers géants (50 cm de long)
- Une pieuvre courant sur le sable
- Un nudibranche géant
- 5 requins bambou (que le Dr Debelius lui-même n'a identifié qu'aux Seychelles !)
- 1 hypocampe fantôme
- Des crevettes symbiotiques à foison
- Des clowns Panda
- Des crabes divers
- Des méduses....

Un requin bambou
(Hemiscyllium ocellatum)
Un hypocampe fantôme ressemblant à une feuille
(Solenostomus cyanopterus)


Pieuvre

Bref, une plongée très riche dans un décor pourtant peu engageant de prime abord.

Les plongées de nuit se terminent généralement sur le ponton du camp, avec une douche brûlante, grâce à l'eau spécialement chauffée à cet effet par les cuisinières. Incroyable le bien que cela peut faire, de nuit, après 4 plongées !! Fascinant de revenir ainsi aux joies simples que notre mode de vie de citadin nous fait souvent oublier : juste un peu d'eau douce chaude...!

Papoua Barat n'est pas seulement fascinant pour son monde sous-marin, mais aussi par ce que l'on trouve en surface, des paysages à la végétation en passant par la faune exubérante et les nombreux vestiges japonais. Les lieux ont été le théatre de nombreux affrontements entre les japonais et les américains, et les récits sont nombreux d'armes, d'équipements et d'ossements japonais retrouvés un peu partout dans la forêt, les villages ou sous l'eau. Parfois, les restes des combattants sont trouvés parfaitement alignés, les casques formant une ligne parfaite devant les restes de guerriers japonais s'étant infligés un suicide traditionel collectif (hara-kiri).

Parmi les sujets d'étonnement, la nourriture traditionnelle Papou en est un : les Papous ont des habitudes alimentaires primitives et invariantes : ils ne mangent que quelques plats, et certaines spécialités ressemblent soit à de la pierre soit à de la colle. D'une manière générale, la méthode de préparation la plus couramment pratiquée semble être de faire un feu, et d'y jetter ce qu'ils veulent manger, par exemple un oisieau fraîchement abattu, pas même vidé, qu'ils dégustent bien cuit en enlevant les parties brûlées... Les plus évolués consomment la même chose matin midi et soir, et considèrent qu'il n'y a rien à manger s'il n'y a pas de riz. Les papous du camps et ceux qui nous accompagnent sur les bateaux n'apprécient guère notre nourriture.

Si la musique Papou du pays profond est particulièrement primitive, les habitants des côtes et des villes ont une musique basée sur des instruments à cordes (extrait de 152 ko) (bandjo et guitare, et d'autres instruments à corde plus primitifs). Le rythme de base est sautillant et caractéristique, gai et agréable à écouter la nuit au bord du ponton, chanté et joué par les Papous du camp.

 

21/11/01 - A 5:00 du matin, une partie du groupe se lève pour partir en randonnée voir des oiseaux de Paradis, à l'issue d'une marche un peu sportive. Dès leur retour, tout le groupe monte en bateau et nous partons vers un chapelet d'îles à 45 minutes de distance. Le décor est littéralement truffé d'îlots et de plages de rêve. Avec ses 610 îles, le nombre de plages, couvertes d'un sable beige clair aussi fin que du sel, est immense, et les îles, rocheuses et entièrement recouvertes de végétation tropicale dense, révèlent des décors somptueux.

FAM Reef : Notre première plongée du jour se fera sur un platier fabuleux où des bancs de sable alternent avec des pâtés coralliens d'une immense richesse (Dr. J.E.N Veron aurait compté jusqu'à 450 espèces de coraux en une seule plongée sur un site proche, tandis que son compatriote Australien, le Dr. Allen aurait lui établi un record mondial avec 283 espèces de poissons comptés en une plongée). Outre la grande variété de coraux, tant durs que mous, branchus ou non, qui donne l'impression que toutes les espèces sont regroupées au même endroit, c'est leur disposition presque artistique qui m'a impressionné. Il s'agit du plus magnifique platier que j'ai vu, et je regrête de ne pouvoir vous montrer plus de photos...

De retour sur le Bateau, notre guide s'exclame alors qu'il a découvert un animal très rare : l'hypocampe pygmée jaune ! Si l'espèce rouge est rare, la jaune l'est encore plus, et notre guide vient de la découvrir pour la première fois. N'étant pas sûr que l'espèce ait jamais été photographiée (nous saurons plus tard qu'elle l'a déjà été), nous ne prenons que le temps de changer le bloc vide qui est encore sur nos épaules, et une partie du groupe redescend à 28 m (30 minutes... ce qui est long, surtout en successive rapprochée) chercher LA gorgone jaune. J'en tirerai des séquences vidéo probablement très peu courantes d'un animal déjà rare.


Ne pas le perdre de vue,
sinon, il faut chercher !!

Cherchez l'hypocampe...

Après le déjeuner sur une plage déserte où nous en profiterons pour nourrir deux petits Varans (il paraît que les plus grands du monde ne sont pas à Komodo, mais ici, à Papou Barat, et qu'ils mesurent plus de 4.5 m), nous partons pour un site proche de FAM Reef, en visitant au passage par bateau quelques lieux paradisiaques.


Celui-là ne mesure que 80 cm ;-)


Melissa's Reef : Avec une variété et une densité de corail encore plus élevées que sur le précédent récif, ce site est aussi beaucoup plus riche en poissons. Le décor est beaucoup plus chaotique, mais cela reste un récif d'exception !


22/11/01 - Mike's Point : Nous voulons tenter de plonger de jour sur ce site découvert de nuit, mais le courant est beaucoup trop fort plus plonger sur ce récif circulaire de petite taille. Otto, notre guide Papou, nous propose alors un site un peu plus loin, proche de l'Ile de Fam. Si les tombants sont sans beauté particulière, nous y croiserons 4 raies Maboula, petites "manta" de 1.2 m d'envergure. Je trouverai aussi ici les plus beaux nudibranches de ma vie !

Après la plongée, nous partirons vers une île qui offre une vision spectaculaire de centaines d'îlots très rapprochés, parmi lesquelles nos bateaux se baladeront un moment pour notre plaisir. Les lieux sont exceptionnels en beauté, en calme et sérénité, avec ses villages de pêcheurs à flan de coteaux.

 

Le Passage : La dernière plongée de la journée et du séjour sera très spéciale, car située dans un bras de mer de 50 m de large (20 m de fond au centre), qui ressemble à une rivière entre deux colines.

L'entrée du "Passage"

La visibilité est limitée à 2 m au moment où nous plongerons. Des Gorgones poussent à un mètre de la surface, ce qui permet, par bonne visibilité, de photographier les Gorgones avec le reflet des arbres au dessus... Des grottes effondrées sont accessibles en plongée, qui offrent la vision des arbres entourant des trous d'eau. La force du courant est telle que j'arrêterai rapidement de lutter pour me laisser emporter en surface, afin de parcourir les 1500 m du passage en silence, entouré par l'eau et la jungle... Une famille de pêcheurs, abritée dans leur minuscule bateau de pêche, car il pleut à ce moment là, me regardera passer allongé en surface, décontenancée, contemplant cet homme blanc couvert d'appareils et de tubes, qui dérive avec nonchalance au milieu de nul part... Instant magique.


23/11/01 - 7:00 - Nous quittons le camp pour le voyage du retour, frustrés de ne pas rester plus longtemps, d'autant que la visibilité semble s'être brutalement améliorée ce jour là : nous distinguions le fond à 15 m sous le ponton du camp, ce qui ne nous était jamais arrivé jusque là... ! Mais quand il faut y aller...

Si une longue escale à Jakarta est rendue obligatoire en raison du manque de respect des horaires par certaines compagnies aériennes locales, c'est une excellente et agréable occasion pour :
- se reposer dans le très bon hotel de transit (le "Quality Hotel") et se changer : passer de la tenue "forte chaleur" à la tenue nécessaire pour affronter le climat européen
- Visiter les grands centres commerciaux de Jakarta (par exemple : "Pasaraya Blok M"), où vous trouverez énormément de choses, dont des pièces d'habillements locaux originaux, du sportswear international bon marché bien que de très bonne qualité, et de l'art indonésien traditionnel ou pas, parfois très impressionnant, telles les sculptures sur bois (masques, tableaux, personnages sculptés dans des pièces de bois torturé, etc...). A noter que certains articles se retrouvent à l'aéroport, où j'ai pu par exemple trouver un masque magnifique et original.

Dans l'un des sous-sols du centre Pasaraya, vous trouverez de nombreux restaurants, dont le "Kyoto", restaurant japonais où vous pouvez vous asseoir juste devant le cuisinier, qui préparera votre repas devant vous dans un style acrobatique qui régale autant les yeux que le ventre !! Pour 55 000 roupies (environ 6 euros), vous ferez un repas copieux qui vous laissera un bon souvenir.

 

Retour Sommaire 4- Conclusion sur le Voyage

Je voudrais ici remercier chaleureusement Artcom Vidéo et Subspace pour leur aide logistique sans laquelle je n'aurais pas rapporté tant de belles images.

Les contraintes de poids liées aux images publiées dans cet article ne m'ont malheureusement permis de vous montrer qu'un petit échantillon des centaines de photos issues des 6 heures de vidéo rapportées de Papoua Barat. Nous avons été tellement contents de ce voyage, que les 3/4 des participants ont re-signé dès leur retour pour l'un des voyages suivants, ce qui ne doit pas se voir très souvent !!

Si nous n'avons pas bénéficié des meilleures conditions de visibilité en raison des dates de notre expédition, les souvenirs que nous en gardons sont fantastiques, et nous avons je crois tous hâte de repartir voir ce que ça donne avec 30 mètres de visi ! Nous n'avons exploré que quelques uns des nombreux sites de plongée du camp, mais ils ont révélé une diversité étonnante et exceptionnelle, tant dans les animaux que dans les paysages, qu'ils soient terrestres ou sous-marins.

Visiter un tel pays relève du privilège, et j'espère que si le tourisme s'y développe, cela se fera dans le respect de l'environnement, de la faune et de la flore, afin de préserver une nature réellement fabuleuse à qui ces quelques notes ne rendent qu'un bien piêtre hommage.

Suite...


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