Version 1.0 du 06/02/01
Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT
Les récifs des Maldives ont fortement souffert du passage d'El Nino en 1998 : après plusieurs semaines dans une eau à 34°C, et après avoir subi mauvais temps et tempêtes, les platiers sont alors morts à 95% dans les 10 premiers mètres, et jusqu'à 50% au-delà. En février 1999, nous n'avions vu aucun Acropora (corail dur branchu) survivant sur les platiers frangeants, entre 0 et 10 m.
C'est donc avec la plus grande curiosité que nous avons profité, en janvier 2001, des pauses entre deux plongées pour aller faire un peu de reconnaissance en PMT au dessus des platiers peu profonds entourant les îles.
Notre intérêt s'est porté particulièrement sur ces platiers, car ce sont généralement ceux qui sont les plus riches en coraux durs constructeurs de récifs, en raison du fort ensoleillement, et parce que ces platiers frangeants ont un rôle important car ils arrêtent les vagues et protègent les îles. Sans les coraux constructeurs pour les restaurer, l'action des vagues, des animaux mangeurs de corail (Perroquets) et des animaux perforeurs (vers, mollusques,...) aura rapidement raison de ces récifs élevés.
Voici deux visions typiques des platiers maldiviens en 2001 :
En 1998, beaucoup de ces squelettes morts étaient vivants. Après le décès des coraux, les algues envahirent le terrain, offrant une pâture inépuisable aux herbivores. En 2001, les algues se sont faites beaucoup plus discrêtes, régulées par les habitants du récif.
Est-ce la présence de ces algues qui empêcha les larves de coraux (issues des pontes) de s'implanter sur les récifs dépeuplés ? Quoi qu'il en soit, au milieu de cette désolation, on trouve maintenant de loin en loin, une colonie vivante d'Acropora qui a manifestement grandi après 1998. Curieusement, les colonies semblent avoir soit deux ans, soit un an. On ne voit nul part de micro colonies (quelques cm2) qui démontreraient le dynamisme des récifs. Est-ce parce que les colonies survivantes n'ont pas encore atteint la maturité sexuelle leur permettant de pondre (les branches doivent en effet atteindre une vingtaine de cm de long pour cela) ?

Une jeune colonie d'Acropora (0.5 à 1 an )

Une colonie née après 1998, qui exploite la présence
des squelettes proches pour croître plus vite.

Une jeune colonie au milieu d'un cimetière (1 à 2 ans)

Une jeune colonie d'Acropora, habitée avec bonheur par un petit groupe
de demoiselles.
Une telle image montre bien l'importance du corail vivant.

Cette colonie de Porites détonne par sa taille. Une miraculée...
Avec une si faible population de coraux vivant (seuls de rares platiers vers 12/15 m de profondeur montrent environ 30% de couverture en coraux durs constructeurs), il faudra probablement au mieux 10 ou 20 ans pour que les récifs Maldiviens retrouvent leur états antérieur, si aucun problème (dérèglement climatique,...) ne survient. Cette période de récupération pourrait probablement être sensiblement réduite grâce à une opération de bouturage artificielle efficace...
Cependant, il est inquiètant de constater que sur des récifs aussi loin des mégapoles et des industries, et par 27°C de température dans l'eau, les quelques coraux survivants doivent encore lutter contre le stress :

Si ce corail cerveau de belle taille est en bonne santé, celui ci-dessous
arbore les signes pâles du blanchiment :
Cette petite colonie d'Acropora a elle déjà succombé au stress ou à la maladie, et la blancheur éclatante de son squelette révèle une mort très récente (moins d'une semaine). Une estimation grossière et visuelle rapide sur l'ensemble de nos plongées révèle que 5 à 10% des colonies de coraux durs seraient actuellement touchés par ce problème.

Autre cause de stress pour les coraux survivants : les prédateurs naturels tels les Perroquets, qui, ne trouvant que peu de colonies vivantes à consommer, s'attaquent d'autant plus souvent aux mêmes colonies. Le Porite ci-dessous arbore des traces plus ou moins récentes de grignotage par des Perroquets :

En 2001, nombre d'espèces dont le mode de vie est lié au corail sont à mon avis menacées aux Maldives. On peut citer en exemple certaines évidentes, tels les Oxymonacanthus longirostris (petits poissons lime se nourrisant exclusivement de polypes d'Acropora). En dehors des espèces animales, on peut se demander combien de temps des récifs et les îles survivront sans coraux en nombre suffisants pour les maintenir et les protèger, et ce qu'il adviendra ensuite des populations humaines. Quoi qu'il en soit, l'abondance du poisson est un gage d'espoir, à la fois pour la subsistance des habitants, le tourisme, et la maintenance des récifs (lutte contre les algues en particulier).