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Sharm El Sheick - Egypte
Février 2001
 
Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT

Préambule

En prenant des notes durant ce voyage, je me suis à un moment demandé si j'allais vraiment en faire un article et le publier. Pourquoi ? Parce que les avis des uns et des autres, s'agissant de la qualité des plongées, différent considérablement en fonction des expériences vécues et de ce que chacun recherche, ou d'un éventuel intérêt financier à ne pas dire ce que l'on pense.

J'ai commencé à me poser des questions lorsque j'ai entendu l'un de nos guides décrire pendant 3 jours chaque site comme magnifique, coraux compris, même lorsqu'ils étaient quelconques voire vilains... Mais comment peut-il en être autrement lorsque d'une part le guide en question ne connaît qu'une faible diversité de lieux et de récifs, et/ou qu'il a la responsabilité de la satisfaction d'une dizaine de plongeurs souvent peu expérimentés, et à qui il ne peut pas avouer la réalité ? Cependant, quelle frustration pour le plongeur pouvant comparer, et quelle difficulté pour sélectionner les meilleurs sites, lorsqu'ils sont tous parés de superlatifs... Mais qu'est-ce qu'un bon site ? Un site avec du "Gros" ? ou un site avec de la micro faune ? Un site profond ou autre contraire un site lumineux près de la surface ? Un site sans courant ou un site sportif qui vous fait éprouver les joies de foncer comme une torpille ? Ou peut-être un site avec des coraux magnifique, durs ou mous ? Et pourquoi pas un site très poissonneux, avec ou sans corail ?

Rien que sur ces critères, les avis divergent considérablement, souvent du fait de la différence dans la connaissance des animaux ou de la sensibilité personnelle.

Bref ! Au risque de paraître blasé, j'ai quand même décider de publier ces quelques notes.


 

Paris - Roissy Charles de Gaulle,

Samedi 30/06/01 16:00
Nous décollons de Paris avec deux heures de retard afin de retourner sur les lieux de nos premières plongées tropicales : Sharm El Sheick, au Sud du Sinaï.

Aujourd'hui, nous retournons à Sharm, après de nombreuses plongées lointaines, pour voir si les récifs locaux sont restés aussi beaux que dans notre mémoire, et pour tester mon nouvel équipement vidéo sous-marin (Caméra Sony DCR PC 110 + caisson Ikelite + une lampe Ikelite 100 w).

Si nous (enfin, moi !) garderons du vol aller (et retour ;-) l'empreinte du siège avant sur les rotules (les joies des charters moyens courriers où l'on vous entasse comme des sardines !), et si le début du voyage à souffert des habituels "mouvements d'une certaine catégorie de personnel" de l'aéroport, le voyage fut court (5 heures de vol direct, Paris - Sharm, sans passer par le Caire : ce que je vous conseille). Le débarquement fut l'un des plus rapides et efficace que nous ayons vu : le bus qui devait nous transporter de l'avion à l'aéroport était toujours au pied de l'avion que les bagages étaient déjà sur les chariots ! A l'entrée de la zone de débarquement, un membre de l'hotel (Camel Dive Club) nous attendait : en moins de 5 minutes nous avions acheté nos visas et passé la douane (sans faire la queue, notre guide allant traiter directement avec le douanier !). A peine sortis de la douane, nos bagages nous attendaient déjà !

Le court voyage pour rejoindre notre hotel nous permet de constater avec ébahissement à quel point les lieux ont changé en 5 ans : des palaces partout, des infrastructures flambant neuves, des rues nettes pleines de magasins pour touristes...

Notre hotel, qui n'était il y a 5 ans qu'un club de plongée excellent de taille modeste, dispose maintenant de 38 chambres avec piscine.


Dimanche : Nous partons pour nos premières plongées. Comme il est de coutume, le club nous emmenera en mer à proximité des côtes, sur des sites peu dangereux, afin d'évaluer notre niveau et notre aisance dans l'eau. Ce ne sera qu'après que nous pourrons nous inscrire pour des sites distants.

Les bateaux sont nombreux à quai, et emportent une douzaine de plongeurs dans leurs 20 mètres de long. S'ils sont inégaux en confort et en équipement, c'est très convenable, surtout pour une simple journée !




Naama Bay, aux hotels plats


Quelques uns des nombreux hotels disgracieux en cours de construction sur la côte...


De retour à l'hotel, un peu déçus par nos premières plongées, mais pas trop car nous savions que les sites côtiers sont généralement peu attractifs, je visionne les premières 10 minutes de film sous-marin que j'ai tournées : instructif ! Il va falloir que je corrige deux ou trois choses : bien nettoyer le hublot devant l'objectif par exemple, et surtout que j'ouvre la caisson et le laisse sècher, car l'humidité de Paris s'est condensée en gouttes visibles sur l'image.


Lundi
: Après un départ du bateau retardé d'une heure en raison d'un contrôle de police exceptionnel mais tatillon, nous partons vers l'un des récifs éloignés : Tiran, à une heure de bateau.

De retour à l'hotel, mauvaise surprise : un billet de 100 $ US à disparu de mon portefeuille dans ma chambre d'hotel... Ca m'apprendra à avoir confiance ! Il paraît que c'est la première fois, mais il a fallu que ça m'arrive.

A peine rentré, je connecte la caméra au téléviseur pour voir le résultat... pas convaincant ! Je prends conscience que les bulles visibles sur l'image proviennent des bulles des autres plongeurs : je ne pensais pas qu'elles resteraient parfois collées sur l'objectif... Par ailleurs, l'utilisation d'un grand angle "fish eye" permet de filmer des zones très larges, mais tout semble infiniment plus loin que dans la réalité, et il est difficile d'éviter de filmer les autres plongeurs dans ces conditions.

Est-ce que je vous ai parlé de la piscine de l'hotel ? Une piscine à débordement, construite avec un fond à plusieurs niveaux (1.4, 1.9, 3.4 m) pour l'instruction des plongeurs débutants. L'eau y est claire et surtout très chaude : on s'y jette avec délectation sans même sentir de sensation de froid !

 

Mardi :


Un poisson Crocodile et une épave réduite à un tas de métal et de WC


Mercredi : Nous retournons sur Tiran, car il ne nous reste sinon que les sites "locaux" (près des côtes et donc pauvres), Ras Mohammed ou des épaves lointaines et payantes (35 à 85 $). Comme de toutes manières nous n'aimons pas les épaves, nous retournons visiter les plus beaux récifs du coin.







Favidés, Porites, Seriatopora, Xenia et Anthelia,... Coté poissons, rares sont les gros mérous, mais les jeunes arborent ces couleurs magnifiques et diversifiées qui distinguent la Mer Rouge des autres Mers.

Nous sommes sur un nouveau bateau, l'Alx Sea Star. L'équipage ne cherche pas à sympatiser, et ne nous aide qu'au stricte minimum. Le déjeuner est correct, avec des boissons en quantité moindre que sur l'Enigma et maintenues tièdes plutôt que fraîches. Ce bateau ne dispose pas comme sur l'Enigma de douches d'eau douce à l'arrière pour se désaler après la plongée.

Le Camel Dive Club accèpte les plongeurs handicapés, et nous nous serons ainsi accompagnés durant cette semaine de deux plongeurs, l'un tétraplégique (jambes inertes, mais bras mobiles avec les pouces des deux mains utilisables), et l'autre, une femme, hémiplégique (jambes). Notre admiration est immense devant le courage de ces personnes, d'autant que si plonger leur procure un sentiment de liberté qu'ils ont perdu sur terre, s'arnacher est une épreuve.


Eric, tétraplégique
(notez l'absence de palmes au pied, mais leur présence fixées sur les avant bras)

 

Jeudi et Vendredi : Nous retournons à nouveau sur Tiran, car nous n'avons pas pu jusqu'alors visiter le jardin de corail de Jackson Reef en raison d'un courant trop élevé qui termine la plongée en "Machine à laver" ;-)



Une colonie de Turbinaria mesenterina et quelques vues de Jackson Reef


La caractéristique principale semble être l'homniprésence en ces lieux de nuages immenses d'Anthias !


Quelques autres images de nos plongées :


Un Favidé, un Mérou et deux petites Murènes


Des oeufs de Danseuse Espagnole, un Ptéroïs, une raie tachetée


Le platier de WoodHouse, deux poissons anges, un poisson pierre



Un Turbo léopard, un Dendronephtia, un Acropora bleu


Un Favidé luttant contre l'envahissement des Anthelia, et un poisson Crocodile

 

La mort du corail

Depuis 5 ans que je suis attentif à l'état des récifs, il ne m'est jamais arrivé de plonger sans voir du corail mourrir, et généralement mourrir vite. A la vitesse à laquelle les maladies et les destructions se propagent, il est probable qu'il n'y aura plus guère de beaux sites de plongée d'ici peu de temps (estimation personnelle : 10 à 20 ans). Nous avons déjà perdu 27% des récifs en 30 ans, et les prévisions sont d'en perdre encore 40% dans les 20 ans qui viennent...


Deux colonies touchées par une décomposition rapide.
La photo de gauche montre la mort qui se propage depuis le centre.
La photo de droite montre une colonie qui a commencé à mourir il y a plus d'une semaine (à gauche) et qui finit de se décomposer à droite. Il reste encore une ou deux têtes de branches sur lesquelles subsistent pour quelques heures encore un peu de chairs. La blancheur immaculée du squelette atteste de la rapidité de la décomposition.


Le Pocillopora (gauche) et l'Acropora (droite) sont ici complètement blancs, réduits à des squelettes morts mis à nus. La blancheur intense indique une mort très récente (moins de 3 jours) et l'uniformité de cette blancheur révèle une mort très rapide (les algues filamenteuses jaunes n'ont pas encore eu le temps de coloniser cette nouvelle surface riche en matériaux organiques)

 

Conclusions :

Nous n'avons pas retrouvé les images de jardins multicolores que nous avions en tête, ni l'exubèrance de la faune piscicole. Il est probable que nous ne retournerons pas plonger dans le nord de la mer rouge, et moins encore dans des lieux aussi peuplés et "industriels". Les images proposées ci-dessus sont évidemment les plus belles que nous ayons faites, la réalité globale étant beaucoup plus triste et monotone...

Il est probable que si les débutants trouveront dans les sites très fréquentés de la Mer Rouge (Sharm, Hurghada, Safaga,...) des lieux parfaits pour de premières plongées, ces lieux ne sont plus ce qu'ils étaient, souvent victimes du tourisme intensif. D'autres sites moins fréquentés et plus sauvages apporteront probablement plus de satisfactions aux plongeurs exigeants, bien que cela signifie inéluctablement à (malheureusement court) terme qu'il n'y aura bientôt plus aucun site sauvage sur cette planête.


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