Préambule
En prenant des notes durant ce voyage, je me suis à un moment demandé
si j'allais vraiment en faire un article et le publier. Pourquoi ? Parce que
les avis des uns et des autres, s'agissant de la qualité des plongées,
différent considérablement en fonction des expériences
vécues et de ce que chacun recherche, ou d'un éventuel intérêt
financier à ne pas dire ce que l'on pense.
J'ai commencé à me poser des questions lorsque j'ai entendu l'un
de nos guides décrire pendant 3 jours chaque site comme magnifique, coraux
compris, même lorsqu'ils étaient quelconques voire vilains... Mais
comment peut-il en être autrement lorsque d'une part le guide en question
ne connaît qu'une faible diversité de lieux et de récifs,
et/ou qu'il a la responsabilité de la satisfaction d'une dizaine de plongeurs
souvent peu expérimentés, et à qui il ne peut pas avouer
la réalité ? Cependant, quelle frustration pour le plongeur pouvant
comparer, et quelle difficulté pour sélectionner les meilleurs
sites, lorsqu'ils sont tous parés de superlatifs... Mais qu'est-ce qu'un
bon site ? Un site avec du "Gros" ? ou un site avec de la micro faune
? Un site profond ou autre contraire un site lumineux près de la surface
? Un site sans courant ou un site sportif qui vous fait éprouver les
joies de foncer comme une torpille ? Ou peut-être un site avec des coraux
magnifique, durs ou mous ? Et pourquoi pas un site très poissonneux,
avec ou sans corail ?
Rien que sur ces critères, les avis divergent considérablement,
souvent du fait de la différence dans la connaissance des animaux ou
de la sensibilité personnelle.
Bref ! Au risque de paraître blasé, j'ai quand même décider
de publier ces quelques notes.
Paris - Roissy Charles de Gaulle,
Samedi 30/06/01 16:00
Nous décollons de Paris avec deux heures de retard afin de retourner
sur les lieux de nos premières plongées tropicales : Sharm El
Sheick, au Sud du Sinaï.
Aujourd'hui, nous retournons à Sharm, après de nombreuses plongées lointaines, pour voir si les récifs locaux sont restés aussi beaux que dans notre mémoire, et pour tester mon nouvel équipement vidéo sous-marin (Caméra Sony DCR PC 110 + caisson Ikelite + une lampe Ikelite 100 w).
Si nous (enfin, moi !) garderons du vol aller (et retour ;-) l'empreinte du siège avant sur les rotules (les joies des charters moyens courriers où l'on vous entasse comme des sardines !), et si le début du voyage à souffert des habituels "mouvements d'une certaine catégorie de personnel" de l'aéroport, le voyage fut court (5 heures de vol direct, Paris - Sharm, sans passer par le Caire : ce que je vous conseille). Le débarquement fut l'un des plus rapides et efficace que nous ayons vu : le bus qui devait nous transporter de l'avion à l'aéroport était toujours au pied de l'avion que les bagages étaient déjà sur les chariots ! A l'entrée de la zone de débarquement, un membre de l'hotel (Camel Dive Club) nous attendait : en moins de 5 minutes nous avions acheté nos visas et passé la douane (sans faire la queue, notre guide allant traiter directement avec le douanier !). A peine sortis de la douane, nos bagages nous attendaient déjà !
Le court voyage pour rejoindre notre hotel nous permet de constater avec ébahissement à quel point les lieux ont changé en 5 ans : des palaces partout, des infrastructures flambant neuves, des rues nettes pleines de magasins pour touristes...
Notre hotel, qui n'était il y a 5 ans qu'un club de plongée excellent de taille modeste, dispose maintenant de 38 chambres avec piscine.
Dimanche : Nous partons pour nos premières plongées. Comme
il est de coutume, le club nous emmenera en mer à proximité des
côtes, sur des sites peu dangereux, afin d'évaluer notre niveau
et notre aisance dans l'eau. Ce ne sera qu'après que nous pourrons nous
inscrire pour des sites distants.
Les bateaux sont nombreux à quai, et emportent une douzaine de plongeurs dans leurs 20 mètres de long. S'ils sont inégaux en confort et en équipement, c'est très convenable, surtout pour une simple journée !

Naama Bay, aux hotels plats
Quelques uns des nombreux hotels disgracieux en cours de construction sur la
côte...
De retour à l'hotel, un peu déçus par nos premières
plongées, mais pas trop car nous savions que les sites côtiers
sont généralement peu attractifs, je visionne les premières
10 minutes de film sous-marin que j'ai tournées : instructif ! Il va
falloir que je corrige deux ou trois choses : bien nettoyer le hublot devant
l'objectif par exemple, et surtout que j'ouvre la caisson et le laisse sècher,
car l'humidité de Paris s'est condensée en gouttes visibles sur
l'image.
Lundi : Après un départ du bateau retardé d'une heure
en raison d'un contrôle de police exceptionnel mais tatillon, nous partons
vers l'un des récifs éloignés : Tiran, à
une heure de bateau.
De retour à l'hotel, mauvaise surprise : un billet de 100 $ US à disparu de mon portefeuille dans ma chambre d'hotel... Ca m'apprendra à avoir confiance ! Il paraît que c'est la première fois, mais il a fallu que ça m'arrive.
A peine rentré, je connecte la caméra au téléviseur pour voir le résultat... pas convaincant ! Je prends conscience que les bulles visibles sur l'image proviennent des bulles des autres plongeurs : je ne pensais pas qu'elles resteraient parfois collées sur l'objectif... Par ailleurs, l'utilisation d'un grand angle "fish eye" permet de filmer des zones très larges, mais tout semble infiniment plus loin que dans la réalité, et il est difficile d'éviter de filmer les autres plongeurs dans ces conditions.
Est-ce que je vous ai parlé de la piscine de l'hotel ? Une piscine à débordement, construite avec un fond à plusieurs niveaux (1.4, 1.9, 3.4 m) pour l'instruction des plongeurs débutants. L'eau y est claire et surtout très chaude : on s'y jette avec délectation sans même sentir de sensation de froid !
Mardi :

Un banc de Snapers, de Platax et de grands Barracudas
Le fond est couvert de Xenia (blanc immaculé) et d'Anthelia (crème) avec des coraux durs à gros polypes. Une épave réduite à un grand tas de métal et de produits divers (dont des cuvettes de WC en vrac...) gis entre les deux récifs. Un poisson crocodile, un poulpe et une raie tachetée nous attendaient tout près.


Un poisson Crocodile et une épave réduite à un tas de métal
et de WC
Mercredi : Nous retournons sur Tiran, car il ne nous reste sinon que
les sites "locaux" (près des côtes et donc pauvres),
Ras Mohammed ou des épaves lointaines et payantes (35 à 85 $).
Comme de toutes manières nous n'aimons pas les épaves, nous retournons
visiter les plus beaux récifs du coin.
Favidés, Porites, Seriatopora, Xenia et Anthelia,... Coté poissons, rares sont les gros mérous, mais les jeunes arborent ces couleurs magnifiques et diversifiées qui distinguent la Mer Rouge des autres Mers.Nous sommes sur un nouveau bateau, l'Alx Sea Star. L'équipage ne cherche pas à sympatiser, et ne nous aide qu'au stricte minimum. Le déjeuner est correct, avec des boissons en quantité moindre que sur l'Enigma et maintenues tièdes plutôt que fraîches. Ce bateau ne dispose pas comme sur l'Enigma de douches d'eau douce à l'arrière pour se désaler après la plongée.
Le Camel Dive Club accèpte les plongeurs handicapés, et nous nous serons ainsi accompagnés durant cette semaine de deux plongeurs, l'un tétraplégique (jambes inertes, mais bras mobiles avec les pouces des deux mains utilisables), et l'autre, une femme, hémiplégique (jambes). Notre admiration est immense devant le courage de ces personnes, d'autant que si plonger leur procure un sentiment de liberté qu'ils ont perdu sur terre, s'arnacher est une épreuve.
Eric, tétraplégique
(notez l'absence de palmes au pied, mais leur présence fixées sur les avant bras)
Jeudi et Vendredi : Nous retournons à nouveau sur Tiran, car nous n'avons pas pu jusqu'alors visiter le jardin de corail de Jackson Reef en raison d'un courant trop élevé qui termine la plongée en "Machine à laver" ;-)
Une colonie de Turbinaria mesenterina et quelques vues de Jackson Reef
La caractéristique principale semble être l'homniprésence en ces lieux de nuages immenses d'Anthias !
Quelques autres images de nos plongées :



Un Favidé, un Mérou et deux petites Murènes



Des oeufs de Danseuse Espagnole, un Ptéroïs, une raie tachetée



Le platier de WoodHouse, deux poissons anges, un poisson pierre



Un Turbo léopard, un Dendronephtia, un Acropora bleu


Un Favidé luttant contre l'envahissement des Anthelia, et un poisson
Crocodile
La mort du corail
Depuis 5 ans que je suis attentif à l'état des récifs, il ne m'est jamais arrivé de plonger sans voir du corail mourrir, et généralement mourrir vite. A la vitesse à laquelle les maladies et les destructions se propagent, il est probable qu'il n'y aura plus guère de beaux sites de plongée d'ici peu de temps (estimation personnelle : 10 à 20 ans). Nous avons déjà perdu 27% des récifs en 30 ans, et les prévisions sont d'en perdre encore 40% dans les 20 ans qui viennent...

Deux colonies touchées par une décomposition rapide.
La photo de gauche montre la mort qui se propage depuis le centre.
La photo de droite montre une colonie qui a commencé à mourir
il y a plus d'une semaine (à gauche) et qui finit de se décomposer
à droite. Il reste encore une ou deux têtes de branches sur lesquelles
subsistent pour quelques heures encore un peu de chairs. La blancheur immaculée
du squelette atteste de la rapidité de la décomposition.


Le Pocillopora (gauche) et l'Acropora (droite) sont ici complètement
blancs, réduits à des squelettes morts mis à nus. La blancheur
intense indique une mort très récente (moins de 3 jours) et l'uniformité
de cette blancheur révèle une mort très rapide (les algues
filamenteuses jaunes n'ont pas encore eu le temps de coloniser cette nouvelle
surface riche en matériaux organiques)
Conclusions :
J'ai eu la chance de plonger deux fois durant cette semaine en même temps qu'un vidéaste professionel (expérience de 4000 H) qui vit des cassettes "souvenir" qu'il tourne pendant les plongées pour les vendre le soir. Etant de passage quelques semaines à Sharm, il avait loué une caméra Sony TRV 900 (tri CCD) et un caisson Amphibico à commandes électroniques, sans éclairage. Nous avons parfois tourné les mêmes images au même moment et aux mêmes endroits, lui profitant parfois de mon éclairage.
La comparaison des résultats est impressionnante ! Son rendu des couleurs (il utilisait un filtre rouge, pas moi, l'ayant perdu lors de la premiére plongée) était nettement supérieur au mien ! Son "Bleu" était intense et profond quand le mien était pâle et grisâtre... de même pour les autres couleurs... Selon lui, cela provenait de ses 3 capteurs CCD au lieu de un pour moi, sans compter la différence de sensibilité des capteurs, de même que le filtre rouge. Mais il faut aussi tenir compte de la technique du vidéaste :
- filmer de très près
- filmer avec un peu de bleu dans le champs
- ne pas filmer à contre jour
- filmer à l'horizontal ou vers le haut, jamais vers le bas
- filmer les plongeurs de face et non de dos
- etc...
Si ses conseils m'ont permis d'améliorer sensiblement la qualité de mes prises de vues entre le premier et le dernier jour, la qualité de l'équipement semble avoir un impact non négligeable.
Autre points techniques importants :
- Les commandes mécaniques du caisson Ikelite sont parfois poussées par la pression de l'eau. C'est ainsi que j'ai filmé de longues minutes sans m'en aperçevoir...
- Ces mêmes commandes ne permettent pas une utilisation efficace et souple du zoom sur la PC 110
- Le caisson Ikelite dédié à la PC 110 ne permet pas le règlage de l'exposition ou de la balance des blancs, ce qui ne m'a pas permis de corriger les paramètres lors des plongées, et ce qui a beaucoup limité mes prises de vues. A noter que ces règlages sont prévus sur d'autres caissons Ikelite, tels ceux pour la Sony VX2000 par exemple.
- L'éclairage uniforme d'un sujet nécessite idéalement l'utilisation de deux lampes
- Finalement, j'ai préféré ne pas utiliser mon (trop) grand angle.
- La balance des blancs, perturbée sous l'eau, peut être corrigée de la manière suivante : placer une tablette blanche devant la caméra avant de l'allumer, et laisser la tablette environ 10 secondes après allumage.
En conclusion, une PC 110, avec son caisson et une lampe coûte environ à ce jour 30 000 FF si j'inclus les accessoires (memory stick, batterie longue durée, grand angle,...). Les images ainsi réalisées (sans filtre rouge...) ont cependant, d'après ce que j'ai vu, une qualité inférieure à celles issues d'une TRV 900 (avec filtre rouge) même sans lumière... cependant, la PC 110 à des possibilités en surface que la TRV 900 ne possède pas ! Choix cruel !!
En étudiant un peu le matériel et les prix proposés, j'en suis arrivé à la conclusion que si la PC 110 offre une solution amateur d'un niveau correct, une meilleure qualité devrait être obtenue (mais ce n'est évidemment pas une surprise !!) pour du tournage sous-marin avec une caméra Sony VX 2000 (tri CCD beaucoup plus sensible que sur la TRV 900) et un caisson Ikelite. Sans l'éclairage, l'ensemble revient (neuf) à ce jour à 25 500 + 15 000 (commande directe sur le web) + Divers, soit 50 000 FF avec l'éclairage et les options. Le caisson mécanique Ikelite (www.ikelite.com) permet même des règlages non accessibles par les commandes électroniques (beaucoup plus coûteuses !) du caisson Amphibico (www.amphibico.com)
Le Camel Dive Club est réputé depuis des années, et disposant d'un nombre important de bateaux (j'en ai compté au moins 7), il draine les plongeurs de toute la baie. Animé de guides en majorité européens et multinationaux (Italiens, Anglais, Allemands, Français, Espagnols, Hollandais,...), Le Camel Dive Club peut faire face à une grande diversité de langues. Sachez cependant que les briefings de plongée sont généralement fait en anglais, sauf si tous les plongeurs parlent la même langue.
L'organisation du Club est bien rodée et génère un minimum de perte d'énergie. Sur les bateaux aussi, l'organisation est efficace, et même en cas de changement de bateau d'une journée sur l'autre, ce qui est limité par le fait que les bateaux suivent un cycle qui permet de faire beaucoup de sites différents dans une même semaine en restant sur le même, les divers équipages font suivre votre caisse de matériel d'un bateau sur l'autre.
Les plongées à la journée permettent de faire 2 à 3 plongées par jour, avec la possibilité de faire du Palme-Masque-Tuba pour les non plongeurs.
Comptez 1200 FF pour la location d'un équipement de plongée complet.
Le Camel Club a été construit il y a 3 ans, ajouté au centre de plongée. Deux restaurants vous sont proposés, dont un restaurant Indien de haut niveau avec ses cuisiniers en plein air qui officient sous vos yeux, de manière traditionnelle et spectaculaire.
L'autre restaurant est plus conventionnel et inégal. Les petits déjeuners y sont moyens, en dépit de la grande diversité en pains offerts, et les repas très variables en fonction des plats. A ce sujet, dans un village touristique aussi fourni en restaurants, la pension complète est plus une contrainte qu'une facilité. Je vous conseille, en tous les cas sur Sharm, de ne prendre que votre petit déjeuner dans votre hotel, et de diner aux grès de vos envies. De plus, cette méthode est sensiblement plus économique, car les forfaits repas que vous payez (par exemple : 60 LE par parsonne) ne sont pas cumulables d'un repas sur l'autre, et ne comprennent pas les boissons : si vous consommez moins vous perdez la différence, si vous consommez plus aussi !
La piscine est très agréable et au centre d'une petite cours formée par les chambres. Les salles de bain disposent de l'eau chaude, mais nous avons regretté de ne pouvoir en sortir sans tirer les doubles rideaux, à moins de s'offrir en spectacle aux occupants de la piscine et des autres appartements en vis-à-vis, guère éloignés. Ce qui est encore pire si vous êtes au RdC et non au premier étage, puisque la fenêtre de votre chambre est alors à 5 m de la piscine...
L'accueil et le service d'étage sont d'un bon niveau, surtout lorsqu'ils ne sont pas à l'origine de la disparition de 100 $ ;-))
Il y avait bien longtemps que nous n'avions pas été dans des lieux aussi peuplés. Si cela avait un coté sympa d'avoir autant de nationalités différentes sur les bateaux (Danois, Allemands, Anglais, Français, Suisses, Italiens, Espagnols,...), nous avions oublié le coté cocasse d'avoir tous les Italiens du bateau au téléphone (sur leur mobile) en même temps, au milieu de la mer...
Nous n'avons pas retrouvé les images de jardins multicolores que nous avions en tête, ni l'exubèrance de la faune piscicole. Il est probable que nous ne retournerons pas plonger dans le nord de la mer rouge, et moins encore dans des lieux aussi peuplés et "industriels". Les images proposées ci-dessus sont évidemment les plus belles que nous ayons faites, la réalité globale étant beaucoup plus triste et monotone...
Il est probable que si les débutants trouveront dans les sites très fréquentés de la Mer Rouge (Sharm, Hurghada, Safaga,...) des lieux parfaits pour de premières plongées, ces lieux ne sont plus ce qu'ils étaient, souvent victimes du tourisme intensif. D'autres sites moins fréquentés et plus sauvages apporteront probablement plus de satisfactions aux plongeurs exigeants, bien que cela signifie inéluctablement à (malheureusement court) terme qu'il n'y aura bientôt plus aucun site sauvage sur cette planête.