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ECUMER, UN PEU, BEAUCOUP, BEAUCOUP TROP ?
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(Version 3.3 du 15/11/98)
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- Mise à jour : voir en bleu.
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Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT
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- La méthode Berlinoise et certains auteurs compétents disposant
d'une grande audience, ont fini par imposer la nécessité d'utiliser
un écumeur pour sortir de l'eau de nos aquariums toute la pollution
que les bactéries ne peuvent pas traiter (acides aminés, protéines,
graisses, acides gras, phénols, iode, métaux, hydrates de carbone,
alcaloïdes, phosphates, urine et matières fécales,...).
Les amateurs débutants ou mal informés ont encore tendance à
utiliser des appareils sous dimensionnés, probablement autant par manque
de moyens qu'en raison d'informations constructeurs souvent quatre fois au-dessus
des capacités réelles des appareils, informations reprises par
les détaillants qui ne maîtrisent pas toujours leur utilisation.
A l'inverse, les aquariophiles qui utilisent des écumeurs depuis longtemps
essayent sans cesse d'améliorer leur écumage. C'est cette notion
d'amélioration qui est au centre de cet article. Améliorer,
est-ce écumer plus (ie sortir plus d'écume), ou oxygéner
plus, ou encore enlever certains composés qui ne l'étaient pas
ou peu, c'est-à-dire écumer différemment ?
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- Il est étonnant de constater qu'assez peu d'information détaillée
n'est disponible à ce sujet. Par exemple, dans le livre récent
de Nilsen et Fossa ('The modern Coral Reef Aquarium'), on peut lire : 'il
y a une grande probabilité qu'en plus des protéines, d'autres
substances soit écumées en même temps. Parmi celles-ci
se trouvent aussi des substances qui sont essentielles à l'équilibre
chimique de l'aquarium récifal'. Si les auteurs ajoutent que cela
ne pose pas un problème puisque qu'aucun incident n'a été
imputable à l'écumage, au contraire, cela souligne le fait que
nous ne maîtrisons guère ce qui se passe réellement, et
que nous sommes encore dans une phase empirique, même si nous comprenons
le principe de fonctionnement. L'article le plus détaillé
que j'ai pu lire sur le sujet, et qui explique les principes chimiques du
fonctionnement de l'écumage, et ce qui l'influence, a été
écrit par Randy Holmes-Farley, et est publié dans la Bibliothèque
de Compuserve (FishNet). Dans 'The Reef Aquarium' Vol. 1 de Delbeek
et Sprung, la description du fonctionnement et des processus interne des écumeurs
est beaucoup plus détaillée, mais nous ne sommes guère
éclairés sur le dimensionnement ou la puissance des écumeurs
à utiliser sur chacun de nos bacs.
Si l'utilisation d'un écumeur est visiblement bienfaisante, et il suffit
pour s'en convaincre de regarder (et de sentir !) ce qui en sort, son utilisation
apporte d'autres bienfaits moins visibles mais bien réels. Par exemple,
la colonne de bulles qu'il crée permet l'oxygénation de l'eau
et l'équilibrage des pressions partielles de gaz (CO2 par exemple : Les
utilisateurs de réacteurs à calcaire noteront ainsi une augmentation
de leur pH), ce qui peut permettre d'optimiser l'efficacité d'injections
maîtrisées d'eau de chaux tout en assurant la respiration des animaux
et des bactéries. Un autre effet, souligné par Sam GAMBLE dans
son article 'Light Energy' (www.aquarium.net) est de sortir de l'eau certains
composés organiques carbonés (DOC en anglais), qui freinent la
pénétration de la lumière dans l'eau, et qui empêche
donc nos hôtes hermatypiques de profiter de toute l'énergie radiante
possible.
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- On l'aura compris, et il semble utile d'insister sur ce point, je suis personnellement
un fervent adepte de l'écumage, et il n'est nullement
question ici de remettre en cause l'utilisation de cette technique de maintenance.
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- En dehors de ces bienfaits, qui sont d'autant plus visibles qu'aucune
masse filtrante ne vient perturber le fonctionnement de l'appareil, divers
auteurs remettent en cause son utilisation forcenée, et certaines constatations
personnelles me font m'interroger.
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Le récif corallien naturel ne croît que de 2,5 cm par an,
et en fonction des espèces, les coraux pris individuellement ne poussent
qu'entre 1 et 1,5 cm par an selon certaines sources, à part certaines
exceptions, comme par exemple certains Acropora, qui pourraient pousser de 10
à 25 cm par an dans la nature (Veron, 1993).
Cette constatation scientifique m'a abasourdie, mais semble parfaitement réaliste
: si le récif poussait de 15 cm par an, il ne faudrait pas longtemps
pour qu'il touche la surface, envahisse les côtes et comble les ravages
des hommes. Qu'est-ce qui explique donc que nous arrivions à faire pousser
les coraux durs à petits polypes (SPS) et les autres à des vitesses
5 à 10 fois supérieures en captivité ? D'aucuns me répondront
: à cause de la prédation, à cause des phénomènes
naturels (tempêtes, courants,...). Un amateur me fait remarquer que les
petits coraux de nos aquariums poussent plus vite car conditionnés par
l'instinct de survie qui fait qu'un gros corail est moins fragile qu'un petit,
et que sa masse augmente d'autant plus vite en proportion qu'il est petit. Cette
opinion est confirmée par Delbeek et Sprung (The Reef Aquarium, Vol 2,
p. 56), lorsqu'ils citent les travaux de Fabricius (1995) qui relève
que dans la nature, les jeunes Sarcophytons augmentent leur taille de 28% par
an alors que les colonies mâtures ne grandissent que de 6%. Pourtant,
les SPS géants sont relativement rares en mer, et l'on a généralement
sous les yeux des colonies de quelques dizaines de centimètres qui ne
pèsent pas très lourd. De plus, à
part en certains endroits comme aux Philippines, je n'ai pas toujours
vu dans la nature les extrémités des coraux présenter les
mêmes pointes blanches et plates (qui indiquent des croissances rapides)
que celles que l'on peut voir parfois en permanence dans nos bacs.
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- Alors ? Qu'est ce qui les empêche de pousser plus vite ?
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- Il est généralement accepté que
les coraux durs à petits polypes vivent et dominent dans des eaux très
pauvres en nutriments (encore faut-il relativiser : nous ne parlons ici de
de pauvreté relative en composés organiques dissouts. Des calculs
démontrent par ailleurs que la masse de nourriture potentielle disponible
dans l'eau entourant les récifs est de loin supérieure à
ce que nous aurions dans nos bacs : en rapportant les proportions à
un bac de 400 litres, cela nous donnerait 280 g par 24 H !... Source
: Hamner & Al, 1988, bulletin of Marine Science. 42:459-478). Etant donné
les besoins des autres espèces de coraux, il semble que cela soit surtout
dû au fait que si l'eau était plus riche en nutriments (dissouts),
les espèces SPS seraient rapidement vaincues par les coraux durs à
longs polypes (LPS - urticants à long rayon d'action), par les coraux
mous (urticants, dégageant des toxines, et ayant une vitesse de croissance
beaucoup plus élevée que les SPS du fait de l'absence de squelette
calcaire à construire), ou tout simplement par les algues !
Il est accepté par un certain nombre de spécialistes que même
les coraux SPS ont des besoins nutritionnels qui dépassent la simple
photosynthèse, qui ne permet que d'assurer 70% de leurs besoins. Par
exemple, une étude réalisée par Sorokin montre que la
consommation de bactérioplancton fournit aux coraux entre 8 et 25%
des besoins respiratoires, soit entre 1 et 10% de la biomasse totale de l'animal
par jour. Des données indiquent que 40% des produits fournis chaque
jour au corail par ses Zooxanthelles sont transformés en mucus. Ce
mode d'alimentation est comparable, nutritionnellement parlant, au résultat
de la capture de petits crustacés (zooplancton), en dehors du fait
que la chasse consomme infiniment plus d'énergie (ne serait-ce qu'à
cause de l'énergie dépensée pour maintenir opérationnels
jusqu'à 10 000 nématocystes par cm carré !). Si la majorité
des coraux se nourrit de bactéries, il semble que ceux qui dépendent
le plus de cette source d'énergie sont : Acroporta, Pavona, Goniopora,
Favites, Symphyllia, Leptastrea, Tubastrea, Seriatopora, Pocillopora, Montipora,
Porites, Hydnophora, Turbinaria et Zoanthides. D'une manière générale,
plus le corail est producteur de mucus, et plus il dépend énergétiquement
des bactéries qui viennent consommer cette manne alimentaire.
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- Dans leur ferme d'élevage de coraux, Dana Riddle et John Walsh (voir
la traduction de l'article d'Albert THIEL, sur ce site) insistent souvent
sur le bénéfice apporté aux invertébrés
par la distribution régulière de plancton (voir à ce
sujet l'article sur les Refuges).
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- J'ai pu constater chez moi des croissances ultra-rapides de certains SPS
dans des conditions nutritionnelles pourtant éloignées de l'optimal.
Même dans des conditions d'hygiène élevée, mais
avec une quinzaine de poissons généreusement nourrit chaque
soir de quatres cubes d'aliments congelés, mes coraux poussent à
une vitesse, certes irrégulière dans le temps, qui me laisse
parfois pantois (jusqu'à plusieurs mm par jour). Et pourtant, avec
une croissance moyenne minimum d'au moins 1 cm par mois (jusqu'à 2
cm par mois), nous dépassons de loin la croissance naturelle.
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- Si l'on se réfère à la description que fait Albert
THIEL (www.athiel.com) de l'entreprise de bouturage de coraux Aquatic Wildlife
Company (Cleveland - USA), on peut noter que les bacs de boutures sont équipés
de 'petits' écumeurs (en proportion), l'objectif étant de ne
pas créer d'environnements nutritionnels pauvres, et d'enlever les
polluants sans pour autant supprimer totalement toute nourriture.
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- L'idéal semble donc d'arriver à créer un équilibre
qui permette une croissance rapide des coraux, tout en maintenant les nitrates
à 0 et en faisant en sorte que les algues restent invisibles, grâce
aux prédateurs herbivores. Bien entendu, ce niveau nutritionnel d'équilibre
n'est pas quantifiable pour les pauvres amateurs que nous sommes, et il ne
suffit pas en soit à faire croître les coraux : l'éclairage
est aussi un facteur fondamental, puisqu'il participe à l'alimentation
des coraux hermatypiques. Cependant, il semble que le carbone et l'azote soient
dans la nature dans un ration de 7:1 (C:N), et que l'équilibre du milieu
dépende en partie de ce ratio. Modifier l'un des paramètres
déséquilibre donc l'ensemble, et certaines populations bactériennes
peuvent en arriver à mourir de faim, le carbone manquant (Sam GAMBLE,
Per. Comm.)
La clé de cette réflexion vient de m'être donnée
par le dernier article d'Eric Borneman ('A death In The Family ? The Mystery
of Goniopora', Aquarium.net) : La clé de la réussite dans la
maintenance de certains coraux (Catalaphyllia, Goniopora, Xenia...), et de
l'accélération de la croissance des autres (SPS,...), semble
dépendre du taux de nutriments disponible dans l'eau. Pour répondre
à ce besoin alimentaire, il existe deux méthodes : soit disposer
d'un bac modérément écumé (toute proportion gardée)
et modérément nourri, soit utiliser un écumeur sur-puissant,
qui garantira une eau de qualité irréprochable en toutes circonstances,
et même pour les animaux les plus exigeants, et nourrir avec générosité
(mais quand même pas jusqu'à 280 g par jour par 400 litres !!
;-) . Dans le premier cas, la nourriture est disponible en permanence mais
le danger existe de déclencher un problème (nitrates, phosphates,
algues filamenteuses,...), alors que le deuxième cas est plus sécurisant.
Cette conclusion semble entièrement partagée par Terry Siegel
et Randy Holmes-Farley, si l'on en croit un article publié récemment
dans www.aquariumfrontiers.com : To Skim or not to Skim. Encore plus récemment,
le Dr. Craig Bingman a écrit quelque chose sur le sujet qui allait
aussi fortement dans ce sens, tout en insistant sur la nécessité
d'alimenter l'aquarium en planction (merci à l'amateur qui m'a transmis
l'info !). Extrait :
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- "This is how I see the ultimate home reef system working :
- One or several tanks. Sump (large) in the basement. The skimmer runs in
that basin. It is set up to draw from the inlet side of the sump, and it dumps
outlet water near the pumps that drive the system. There are separate pumps
driving the skimmer and tank circulation. Once during the day and at least
once at night, the circulation pumps shut down, and a plankton surrogate is
injected into the tank(s.) That might take the form of filtered greenwater,
microalgae slurry, or rotifers. This is either shot directly into the tanks,
or into the circulation pumps driving the tanks, and they are shut down shortly
after that. The aquarium is left on internal circulation for a while, an hour,
maybe two. Then the circulation pump kicks on again, and starts to clean up
the mess."
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Le seul problème est que les écumeur surpuissants ne sont quasiment
pas distribués sur le marché Français (ETS, certaines marques
allemandes,...), à part peut-être les gros modèles Deltec
ou ATK. Un détaillant ou un importateur français aurait-il la
bonne idée de nous procurer des écumeurs ETS (ou autre de puissance
équivalente), que l'on puisse gaver nos animaux tout en gardant une qualité
d'eau irréprochable ??
- HA ! Rappel d'un petit détail qui a son importance : en tant qu'amateur,
ne tenez AUCUN COMPTE des indications de puissance des écumeurs fournies
par les fabricants : si un écumeur vous est vendu pour 1200 litres
de capacité de traitement, divisez ce chiffre par 4 pour avoir quelque
chose de raisonnable sur un bac récifal plein.
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