DEMENAGER SON AQUARIUM
Version 1.0 du 30/09/00
Par Fabrice Poiraud-Lambert
Tout aquariophile qui se lance fait un jour face à cette
intéressante situation : devoir déménager son aquarium.
Dans certains cas il s'agit simplement de le vider (arrêt), dans la
majorité des autres, il s'agit de le déplacer, soit dans la
maison, soit dans une autre demeure plus ou moins proche. Et cette situation
arrive fatalement, car un aquarium sain peut vivre très longtemps (des
dizaines d'années !), et leur propriétaire est de temps en temps
amené à bouger !
Lorsque l'aquarium se déplace d'une demeure à
une autre (cas le plus critique), tout le problème est alors de :
La facilité à atteindre ces objectifs va dépendre
de certains facteurs :
- distance entre les deux habitations : plus elle est grande et plus le risque
est important
- température extérieure : trop élevée ou trop
basse, cela peut poser un problème
- réutilise t-on l'ancien aquarium ou installe t-on un nouveau ?
- dispose t-on des deux domiciles en même temps pendant un certain temps,
ou faut-il vider le premier avant d'aller dans le deuxième ?
- peut-on compter sur des amis pour déplacer bac et animaux ? En fonction
de la taille du bac, vous aurez besoin de 1 à 20 personnes !!
- les lieux sont-ils adaptés au déplacement d'un aquarium de
la taille du mien ? Certains immeubles posent parfois de sérieux problèmes
de place...
La situation et l'expérience que je vais vous décrire
est la mienne, lorsque j'ai déménagé en juillet 2000
mon aquarium
de 600 L pour le remplacer, 25 km plus loin, par un 1200 L.
Vous le constaterez, j'ai été dans une situation
particulière qui ne fait pas de mon expérience un cas généralisable.
Cependant, peut-être que certains éléments vous seront
utiles si vous avez un projet de déménagement.
Tout d'abord, je n'aurai probablement jamais réussi l'opération
sans l'aide irremplaçable de Christian Cosvas, patron d'Abri
Sous Roche, et de son équipe. A lui seul, Christian a bien dû
investir 3 jours pleins sur l'opération, parfois en sautant des repas
(comme le soir où il était encore chez moi à minuit passé,
un samedi soir pour remplir d'eau le nouveau bac...).
Tout a commencé durant l'été 1999, pendant
lequel j'ai conçu les plans
de mon nouveau bac. Un an avant le déménagement, j'avais donc
commencé à songer à ce que je voulais obtenir.
Quatre mois avant le déménagement, j'ai commencé
à me préoccuper de la fabrication du nouveau bac : délais,
prix, modalités diverses... Si vous devez aussi remplacer votre bac
par un neuf, veillez bien à prendre de la marge dans vos délais
: certains fabricants livreront un mois en retard (si vous avez de la chance
;-), ce qui sera catastrophique pour vous ! Une saine méthode, qui
ne lèse personne mais qui vous rassurera, consistera à demander
la livraison du bac un mois avant la date réelle nécessaire
(petit mensonge prudent que vous vous garderez d'avouer).
A partir de là, le sport commence : j'ai dû songer
à tous les détails qui pourraient avoir un impact sur la réussite
de l'opération, détails que j'essaye de lister ci-dessous pour
mémoire :
- règler les détails de transfert de domicile : j'ai réussi,
malgré divers glissements, à obtenir un recouvrement de 2 semaines
de mes deux logements, ce qui présente un avantage certain lorsque
peu de distance les sépare : vous pouvez ainsi préparer l'installation
à l'avance.
- se préoccuper de faire construire le nouveau bac pour la bonne date
(avec un peu de marge, quitte à envisager un stockage dans une entreprise
de "self stockage", qui peut vous louer de 2 à N m2 sur une
période à définir).
- trouver la dizaine de valeureux prêts à donner un coup de main
le jour J pour déplacer et mettre un place mon nouveau bac de 250 kg
(cuve seule), qu'il a fallu entrer sur la tranche par le jardin, en raison
des dimensions...
- trouver un acheteur pour l'ancien bac (sinon, trouver le moyen de l'enlever
de l'ancien domicile dans les délais !)
- trouver 100 kg de pierres vivantes manquantes, et les laisser décanter
afin qu'elles soient propres le jour de l'installation. Abri sous Roche (ASR)
m'a à nouveau rendu service en les stockant 6 semaines dans ses batteries.
Les pierres étaient donc aussi propres que possible lors de la mise
en eau du nouveau bac
- identifier, trouver et/ou acquérir le matériel manquant pour
équiper le nouveau bac (eau (1200 L), pompes, lampes, osmoseur, nouveau
panneau électrique,...)
- trouver des solutions aux problèmes divers : système d'écoulement
des eaux (tubes, vannes,...); support pour les lampes (ASR m'a à nouveau
dépanné ici !)
- réserver un ou des camions pour déplacer ce qui doit l'être
(conseil : blindez votre réservation !! J'ai bien failli avoir un problème
!)
- planifier d'éventuels congés si besoin
- planifier la succession des opérations du jour J. Dans mon cas, j'ai
signé l'acquisition de mon pavillon à 12:00, et l'aquarium arrivait
à 12:30... pas moyen de faire autrement, et pas moyen de rater le coche
!
- songer au matériel qu'il va vous falloir pour déplacer vos
animaux dans les meilleurs conditions (là, cela dépend beaucoup
de la distance à parcourir, du temps pour ce faire, de la météo,...)
A partir de là, il ne vous reste guère qu'à patienter
en surveillant l'avancement des points identifiés...
Vient alors le jour J !
Vous constatez alors que la phase de préparation n'était
que douce rigolade ! Surtout quand vous emménagez dans une maison vide,
et que votre femme tient ab-so-lu-ment à ce que la cuisine soit achetée
et montée pour la fin de la semaine ! Dans le cas contraire, elle prendra
rapidement votre nouveau bac en grippe (voir le calcul de votre CAF
ou WAF !!!). Bref, ce qui aurait déjà été assez
stressant tout seul, le devient sensiblement plus quand vous devez tout faire
en même temps :-)) (j'espère que ma femme ne lira pas ces lignes
sinon je suis mort ;-)))
Le fameux jour J a bien commencé :
- 9:00 : visite de livraison du pavillon avec le représentant du constructeur
- 10:30 : location de deux camions pour déplacer le nouveau bac et
le support. On a eu chaud : le camion initialement réservé n'était
pas là, mais on arrive à trouver ce qu'il faut...
- 11:00 rendez-vous chez le notaire
- 12:00 remise des clés du pavillon par le constructeur
- 12:30, l'aquarium arrive, apporté par les copains (ASR à nouveau,
Bernard C. et d'autres...), qui ont bien voulu aller le chercher où
il se trouvait
Jusque là, cela tient à l'exploit ! Mais il a
bien fallu que quelque chose coince ;-)

A partir de là, tout s'enchaîne logiquement :
- mise en place de la tuyauterie PVC
- mise en place des HQI sur leur support (plus simple et moins risqué
de le faire avec le bac vide)
- mise en place de 1200 L d'eau osmosée salée
- rectification de la salinité
- mise en place (en vrac) des pierres vivantes stockées chez ASR, et
d'un brassage minimum temporaire
Le bac est alors resté une semaine à tourner ainsi, sans écumeur,
sans éclairage.

Le WE d'après, nouveau jour J, mais à 3 seulement,
dans une opération qui nous a pris 9 heures d'affilées :
- 07:00 du matin : Christian arrive avec un ami pour m'aider. Ils apportent
avec eux de nombreux seaux, sacs plastiques, cuves polystirènes, etc...

Une partie de l'ancien 600 L juste avant le démontage
- Nous commencons par pêcher les coraux non attachés à
une roche, puis nous puisons une centaine de litres d'eau encore propre pour
remplir une cuve qui servira à disposer les poissons une fois pêchés.
Les coraux sont prélevés un par un, sans se préoccuper
des poissons. Les invertébrés mobiles (ophiures, nanards, escargots,
holothurie, etc... ), dont j'avais fait une liste afin d'être sûr
de ne rien oublier, sont prélevés au fut et à mesure
et mis dans le petit bac annexe en attendant leur emballage. Les pierres vivantes
restantes sont ensuite prélevées et emballées. Il ne
reste alors plus que les poissons et divers animaux, qui ne peuvent plus guère
échapper à l'épuisette experte de Christian !
- 11:30 : les coraux sont disposés comme on a pu dans les récipients,
sachant que certains SPS sont tellement imposants qu'ils n'entrent pas dans
les seaux portant très larges... il a fallu briser les branches gênantes.
D'autres, incrustés sur des roches imposantes, resteront relativement
exposés. Les poissons sont tous emballés un par un dans un sac,
sauf les 7 chromis viridis (demoiselles) qui sont dans un même sac (erreur
qui leur coûtera la vie...).
- 12:00 : nous avons tout chargé dans les voitures, et nous partons
pour retrouver le nouveau bac
- 13:00 : l'opération inverse commence, qui consiste à créer
un décor à partir des pierres vivantes disponibles. Pas évident
de tenir compte des coraux fixés sur les pierres, d'autant que presque
tous mes coraux sont fixés sur des pierres énormes !!

- 14:30 : nous nous aperçevons que l'Acanthurus olivaceus (chirurgien
juvénile jaune) est tout noir avec la bouche ouverte !!! argh ! C'est
le Roi du bac, et sa couleur jaune n'est pas si courante ! Alors que je considère
le poisson comme perdu, vu son état, Christian s'en empare et fonce
dans la cuisine : le poisson aura droit à 5 minutes de respiration
artificielle forcée sous le robinet d'eau froide ouvert à fond
! Et moi derrière "Que fais-tu ?? tu vois bien qu'il est mort
??"... Incroyable !!! Le poisson finit par se remettre à respirer
!! Après une pause dans la décantation ultra aérée,
où ma femme le tiendra le teindra dans sa main avec émotion
pendant 30 minutes, le voila qui reprend du poil de la bête et peut
rejoindre le bac principal !! Il est toujours vivant à ce jour, ce
qui est un réel exploit !!
- 17:00 : après 4 heures d'effort, Christian, qui est plus créatif
que moi, à réussi un décor aérien et esthétique
sur lequel les coraux sont disposés.

L'eau est trouble mais il ne faudra que quelques heures pour que
cela s'éclaircisse :

Les étapes d'après, étalées sur plusieurs
semaines, seront traditionnelles :
- mise en place des éléments manquants (pH mètre, thermomètre
életronique, ventilateur,...)
- gestion des nouvelles conditions de température (le pavillon est
3 à 4 degrés mon chaud que mon ex appartement surchauffé,
ce qui m'obligera finalement à chauffer légerement l'eau le
matin afin de conserver une évaporation suffisante pour maintenir mes
paramètres avec mon VisioReacteur
à calcium)
- règlage des différentes circulations d'eau afin d'éliminer
les bruits (utilisation d'une vanne sur la sortie du SSK2
afin d'éliminer le clapot)
- optimisation du brassage (pas évident dans un bac avec ces dimensions)
- mise en place du sable, qui changera spectaculairement la luminosité
dans le bac (comparez les deux photos ci-dessus et ci-dessous !)

Au final, j'ai donc perdu mes 7 Chromis viridis (éloge
funèbre de ma femme : "de toutes manière je ne les aimais
pas !"), et 30% de mes colonies de SPS (Acropora et Seriatopora principalement)
: ces colonies ont disjoncté dès le lendemain de la mise en
place. La raison n'est pas évidente, mais peut potentiellement être
:
- parce que l'eau neuve (100%) n'avait pas été écumée
avant la mise en place des animaux. Or, la mise en route de l'écumeur
a produit environ 8 litres d'une écume pestillentielle en deux jours
seulement... signe que l'eau n'était pas propre !
- Au bout d'un moment, j'ai fini par tester les nitrates et m'aperçevoir
que j'en avais plus de 15 mg/l dans l'eau neuve, suite à un problème
d'osmoseur. Cela a pu avoir une incidence sur les coraux, d'autant que d'autres
composés nocifs ont pu passer au travers de l'osmoseur. Ces nitrates
ont été réduits à néant en un mois grace
au SSK2.
- Autre raison potentielle : un brassage déficient au départ,
dans un grand volume, qui a laissé beaucoup de colonies, déjà
stressées par le transport, dans des conditions propices aux maladies.

30% des SPS ont brutalement disjonctés
Si j'ai ainsi perdu des dizaines de mètres de branches,
je n'ai perdu que des colonies et seulement 2 espèces dont des sauvegardes
existent ici ou là. Deux mois après le déménagement,
les colonies survivantes ont réussi à recoloniser jusqu'à
près de 2 cm de squelette dénudé, et l'ensemble pousse
à vitesse élevé. D'ici quelques mois, il n'y aura plus
aucune trace de ces pertes.
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