Le cycle de l'azote
- Version 2.0 du 01/03/98
-
- Par Marco
Pagni (microbiologiste)
- J'ai tenté ici d'un peu clarifier la chimie et la
biologie des composés azotés. J'ai commis quelques
simplifications et schématisations que les
spécialistes voudront bien me pardonner. J'ai
préféré aller à l'essentiel... de mon
point de vue de microbiologiste. J'ai fait appel à quelques
notions de physiologie microbienne, qui sont inhabituelles pour de
nombreux aquariophiles. Je pense pourtant qu'elles peuvent aider
à mieux comprendre les transformations successives de
l'azote dans un aquarium.
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- Les composés
azotés
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- L'azote organique Norg, est
l'azote qui est lié au carbone pour former des
molécules complexes. Dans les êtres vivants, l'azote
organique se trouve principalement sous forme de protéines,
d'acides nucléiques (ADN, ARN), dans certains
polysaccharides comme la chitine (carapace des arthropodes) ou
encore le peptidoglycane (paroi des bactéries). La teneur
en azote des plantes peut être particulièrement
basse, moins de 0.5% de leur masse totale alors que cette teneur
peut atteindre 15 % chez les bactéries. Les êtres
vivants se procurent l'azote dans leur environnement sous forme de
substances chimiques dissoutes ou en consommant d'autres
organismes. L'azote organique retourne dans l'environnement sous
forme d'excrétion (urine, mucus) et sous forme de cadavres.
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- En solution, l'ammonium NH4+ et l'ammoniaque NH3 sont en
équilibre l'un avec l'autre
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- NH4+ <-> NH3 +
H+.
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- La répartition entre les formes ammonium et ammoniaque dépend du pH. A des pH
supérieurs à 9.2, la forme dominante est
l'ammoniaque. Il peut être considéré comme
absent à des pH inférieurs à 7.0.
L'ammoniaque est extrêmement toxique, alors que l'ammonium
ne l'est pratiquement pas. L'accumulation de l'ammonium cause de
gros problèmes en aquariophilie marine (pH
élevé), mais n'est pas vraiment problématique
en eau douce (pH acide). On ne parlera plus ci-dessous que
d'ammonium, en rassemblant les deux formes
NH4+ et NH3.
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- Les nitrites NO2- sont
extrêmement toxiques et leur toxicité ne
dépend pas du pH.
-
- Les nitrates NO3- sont moins
toxiques que les nitrites. Certains poissons peuvent en supporter
des concentration relativement élevées. Certains
invertébrés les tolèrent mal.
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- Les sels d'ammonium, de nitrite et de nitrate sont très
solubles dans l'eau.
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- L'atmosphère est constitué à 78% par
l'azote moléculaire N2. Son nom qui
signifie "sans vie" provient de sa faible réactivité
chimique. Malgré sa grande disponibilité, peu
d'organismes ont la capacité d'utiliser directement l'azote
moléculaire comme source d'azote.
-
- On appelle azote combiné, l'azote sous toutes
ses formes à l'exception de l'azote moléculaire
N2.
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- Réactions biologiques
impliquant les composés azotés
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- L'assimilation de l'azote inorganique se fait par la
consommation de l'ammonium ou du nitrate dissous dans le milieu.
L'ammonium est la forme préférentiellement
assimilée par les micro-organismes (bactéries et
champignons), alors que le nitrate est la forme
préférentiellement assimilée par les
végétaux (plantes et algues supérieures). Les
animaux tirent leur azote organique de la consommation d'autres
organismes (animaux, végétaux ou bactéries).
-
- La dégradation de l'azote organique
libère de l'ammonium. L'alimentation des animaux, et aussi
celle de nombreux micro-organismes, est en général
"trop riche" en azote et cet excédent d'azote est
excrété sous forme d'ammonium (ou d'urée qui
est rapidement dégradée en ammonium)
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- {Norg} ---> {Corg} +
NH4+.
-
- Ces réactions libèrent la partie carbonée
des molécules Corg qui est ensuite
décomposée en gaz carbonique et en
"équivalent réducteur", que les microbiologistes
notent par <H>
-
- {Corg} ---> CO2 + <H>.
-
- Un "équivalent réducteur" représente un
électron accompagné d'un proton (ce qui correspond
à un atome d'hydrogène) qui sont transportés
par une molécule ad hoc. Les détails
biochimiques ne nous intéressent pas et cette notation est
bien pratique pour ça. Ces équivalents
réducteurs sont destinés à être
consommés par la respiration
-
- 4<H> + O2 ---> 2 H2O +
énergie
-
- qui permet aux cellules de se procurer l'énergie dont
elles ont besoin.
-
- La nitrification est la conversion de l'ammonium en
nitrate qui est réalisées par des bactéries
spécialisées. Cette réaction se fait en deux
étapes et on ne connaît pas de bactérie
capable d'oxyder directement l'ammoniaque en nitrate. L'ammonium
est oxydé en nitrite par les bactéries dites
nitreuses
-
- NH4+ + 2 H2O --->
NO2- + H+ + 4 <H>
-
- et le nitrite est oxydé en nitrate par les
bactéries dites nitriques
-
- NO2- + H2O --->
NO3- + 2 <H>.
-
- La nitrification ne peut se faire qu'en présence
d'oxygène, qui est requis pour "brûler" les <H>
et qui permet finalement aux bactéries de
récupérer de l'énergie
-
- 4<H> + O2 ---> 2 H2O +
énergie.
-
- Il s'agit de la même équation décrivant la
respiration que précédemment, mais l'origine des
<H> est ici différente.
-
- La nitrification est un processus connu depuis fort longtemps
en aquariophilie. La figure ci-dessous présente la
(classique) succession des phases qui se déroulent
lorsqu'un aquarium est démarré traditionnellement
avec quelques moules ébouillantées, mais sans
pierres ni sables vivants.
-
-
- L'azote organique des moules est rapidement
dégradé en ammonium qui s'accumule dans l'eau. Les
bactéries nitreuses ont alors à leur disposition
tout ce dont elles ont besoin : de l'ammonium et de
l'oxygène. Comme ces bactéries croissent lentement,
il leur faut quelques jours pour arriver à consommer
l'ammonium plus vite qu'il n'est libéré et ensuite
le faire disparaître complètement.
Simultanément, les nitrites s'accumulent, ce qui permet le
démarrage de la croissance des bactéries nitriques.
Il faudra plusieurs semaines pour que les populations de
bactéries nitriques deviennent suffisamment importantes
pour venir à bout des nitrites. Et finalement, les nitrates
s'accumulent. Par la suite, tout l'azote organique
dégradé est très rapidement converti en
nitrate, évitant ainsi l'accumulation des composés
intermédiaires toxiques, puisque maintenant des populations
microbiennes suffisantes sont en place.
-
- Cette succession de stades est caractéristique du
démarrage d'un aquarium dans lequel les bactéries
nitrifiantes sont initialement présentes, mais en
très petit nombre. L'apport de sable, ou du filtre, d'un
aquarium déjà en service représente un apport
massif de bactéries nitrifiantes et permet d'éviter
ou d'en tout cas de raccourcir cette succession de phases. On peut
ainsi réduire la phase de démarrage de plusieurs
semaines à quelque jours... pour laisser son aquarium "se
faire" pendant quelques semaines à un "stade" plus
avancé. On trouve des préparations de
bactéries nitrifiantes vivantes dans le commerce
aquariophile. Elles me semblent fonctionner assez correctement et
constituent une aide appréciable pour le démarrage
des aquariums.
-
- L'introduction de pierres vivantes dans un aquarium neuf est
souvent la cause d'une "montée de nitrites". Ces pierres
vivantes sont pourtant censées apporter avec elles leur
flore nitrifiante. En fait, suite à la mort de nombreux
organismes durant le transport des pierres, la quantité
d'azote organique relâché excède
temporairement les capacités de cette flore. Ecumer,
filtrer sur du charbon actif et pourquoi pas, filtrer
temporairement sur un filtre à percolation bien
"rôdé", doit permettre de minimiser la poussée
de nitrites et de préserver ainsi les précieux
organismes qui ont eu le mérite de survivre au transport.
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- La dénitrification est la conversion des
nitrates en azote moléculaire. Il s'agit en fait d'une
respiration particulière, dans laquelle le nitrate est
utilisé comme accepteur de <H> à la place de
l'oxygène
-
- 10 <H> + 2 H+ + 2
NO3- ---> N2 + 6
H2O + énergie.
-
- De très nombreuses bactéries sont capables de
"respiration nitrate". Or, ces bactéries sont
généralement aussi capables de "respiration
oxygène" et elles s'abstiennent de respirer le nitrate
dès que de l'oxygène devient disponible, parce qu'il
est énergétiquement plus rentable de respirer sur
l'oxygène que sur le nitrate. La dénitrification ne
peut donc se produire donc qu'en absence d'oxygène ou
anaérobiose.
-
- Dans les filtres dénitrateurs, on utilise
différentes substances pour consommer l'oxygène en
tête de filtre comme de l'éthanol, du bioplastique,
etc. Le principe est de procurer suffisamment de <H> aux
bactéries
-
- {Corg} ---> CO2 + <H>
(vu précédemment)
-
- pour qu'elles puissent consommer tout l'oxygène
-
- 4<H> + O2 ---> 2 H2O +
énergie (vu précédemment)
-
- et qu'ensuite elles puissent s'attaquer aux nitrates
-
- 10 <H> + 2 H+ + 2
NO3- ---> N2 + 6
H2O + énergie. (vu ci-dessus)
-
- Il existe un problème de "réglage" avec ce type
de filtre. En effet, il peut subsister des <H> alors que
l'oxygène et le nitrate sont épuisés. Un
nouveau type de respiration devient alors possible, la respiration
sur le sulfate SO42-
-
- 8<H> + SO42- --->
H2S + 2 H2O + 2 OH-
-
- dont le produit est l'hydrogène sulfuré
H2S, dont la toxicité est comparable à
celle du cyanure. La présence d'hydrogène
sulfuré se détecte facilement par l'apparition
caractéristique de dépôt grisâtre ou
noire de sulfure de fer (ou d'autre métaux). Par chance,
ces sulfures
- métalliques sont extrêmement peu solubles ce qui
limite la diffusion de l'hydrogène sulfuré. Les
bactéries capables de respirations sulfates sont des
anaérobes strictes. Elles ne supportent absolument pas la
présence d'oxygène, ce qui restreint leur
activité aux zones où l'anaérobiose est
permanente. Pour être complet, mentionnons que la conversion
de l'hydrogène sulfuré en sulfate en présence
d'oxygène est le fait d'encore un autre groupe de
bactéries, qui joue ainsi un rôle de
détoxification... dans le compartiment de
réoxygénation qui devrait toujours être
placé après un dénitrateur.
- Pour compliquer encore un peu plus les choses, il faut
mentionner l'existence d'un deuxième type de "respiration
nitrate", dans laquelle le nitrate est convertit en nitrite ou en
ammonium. Ce type de respiration est moins intéressant
énergétiquement que la conversion en azote
moléculaire. Il est pourtant utilisé comme
"respiration de secours" par certaines bactéries
lorsqu'elles sont soudainement placées en
anaérobiosoe et en présence de suffisamment de
nitrates. Les conséquences aquariophiles d'un tel type de
respiration sont évidemment catastrophiques. Certains
déboires rapportés jadis avec des filtres sous
sables sont probablement liés a l'apparition brutale de ce
deuxième type de respiration nitrate. Dans l'aquarium
récifal où les nitrates se doivent d'être "non
détectables", il n'a y pas grand chose à craindre.
- La fixation de l'azote est la conversion de l'azote
atmosphérique en ammonium par des bactéries dites
fixatrice d'azote. Cette réaction est le seul point
d'entrée de l'azote atmosphérique dans la
chaîne alimentaire
- énergie + 8<H> + N2 + 2
H+ ---> 2 NH4+ +
H2.
- Comme la fixation de l'azote est très coûteuse en
énergie (noter la synthèse d'une molécule
d'hydrogène H2), les bactéries
s'abstiennent de fixer l'azote si elles sont en présence
d'une source d'azote combiné. La fixation de l'azote ne se
déroule donc probablement jamais dans un aquarium
peuplés de poissons seuls, l'inévitable
présence de nitrate la rend sans intérêts pour
les bactéries.
- L'oxygène constitue un poison violent pour le
système enzymatique responsable de la fixation de l'azote,
la nitrogénase. La plupart des bactéries fixatrices
d'azote ne sont capable de le fixer que lorsque la concentration
en oxygène est très faible, soit en
anaérobiose, soit en "microaérophilie". Quelques
bactéries ont cependant développé des moyens
pour fixer l'azote dans un environnement où
l'oxygène est présent en concentration
"élevée". Par exemple, les cyanobactéries
sont capables de fixer l'azote tout en produisant activement de
l'oxygène par la photosynthèse. Le "truc" des
cyanobactéries est de séparer les deux
métabolismes, fixation de l'azote et photosynthèse,
dans deux types de cellules distinctes. Les cellules qui fixent
l'azote sont appelées hétérocystes et sont
dotées d'une paroi plus épaisse qui contribue
à isoler la nitrogénase de l'oxygène ambiant.
- Dans un aquarium récifal lorsque la concentration de
l'azote dissout est faible, les cyanobactéries peuvent
constituer une peste, la fixation d'azote leur donnant un avantage
pour profiter des autres éléments accumulés
dans l'eau,comme les phosphates.
- La fixation de l'azote a surtout été
étudiée dans ses implications agricoles. Les
légumineuses (pois, luzerne, etc) forment des symbioses
appelées nodules avec des bactéries du genre
Rhizobium. La fixation d'azote a été
démontrée dans les rizières et dans les
roselières, où elle se produit à la surface
des racines. Ces dernières apportent un peu
d'oxygène dans un sol totalement anaérobie,
situation "microaérophilique" idéale pour fixer
l'azote. On retrouve une situation comparable dans le sol des
herbiers sous-marins. Enfin la fixation d'azote a
été démontrée dans les récifs
coralliens au niveau du algal turf (?traduction?). Il
existe donc une fixation d'azote effective dans ou au voisinage
des récifs coralliens, qui contribue à expliquer
leur productivité. Plusieurs projets de recherches sont en
cours sur ce sujet en Australie et aux USA.
- La table ci-dessous donne un résumé des
principales réactions impliquant les composés
azotés et leur relation avec l'oxygène
|
Processus
|
Réactif et produit
|
Relation avec l'oxygène
|
|
assimilation
|
NH4+ ->
{Norg}
NO3- ->
{Norg}
|
indifférente
|
|
dégradation
|
{Norg} ->
NH4+
|
indifférente
|
|
nitrification
|
NH4+ ->
NO2-
NO2- ->
NO3-
|
présence d'oxygène absolument
requise
|
|
dénitrification
|
NO3- -> N2
|
absence d'oxygène requise
|
|
fixation
|
N2 -> NH4+
|
peu ou pas d'oxygène,
les cyanobactéries font exceptions
|
-
- Le cycle de l'azote dans
l'aquarium
-
Cette section est plus spéculative que les deux
précédentes. J'ai essayé de présenter ma
perception actuelle du cycle de l'azote dans l'aquarium. Cette vision
est certainement simpliste et forcément subjective. Sa seule
prétention est de servir de base à la discussion.
Alors, n'hésitez pas à la critiquer!
La figure ci-dessous représente la circulation de l'azote
et du carbone dans un écosystème idéal où
ces éléments seraient parfaitement recyclés.
Les rectangles blancs représentent les populations
végétales et animales et les flèches blanches
les relations de consommation/prédation d'une population sur
l'autre. L'azote organique peut ainsi "remonter" la chaîne
alimentaire. Il passe des plantes aux herbivores, de ceux-ci aux
prédateurs et finalement aboutit dans les détritivores
(absents du schéma). Toutefois, à chaque étape,
une fraction de l'azote organique est excrétée dans le
milieu sous forme d'urine, de mucus, etc. Certains organismes comme
par exemple les éponges sont capables de tirer profit de cet
azote organique excrété (absent du schéma).
L'azote organique dissous est minéralisé par les
populations bactériennes, c'est-à-dire
dégradé en ammonium puis oxydé en nitrates.
Finalement ces nitrates sont assimilés par les
végétaux et la boucle est bouclée. Pour que ce
cycle puisse effectivement "tourner", il lui faut un apport
énergétique extérieur qui provient de la
lumière captée par les végétaux. La
fixation d'azote et la dénitrification n'ont pas
été pris en compte ici.
L'aquarium dédié au poissons. L'heureux
possesseur de poissons d'aquarium tient par dessus tout à ses
coûteux pensionnaires. Il évite l'instauration de
relation prédateur/proie par le choix judicieux des organismes
qu'il fait cohabiter. Pour les maintenir en vie, il est obligé
de leur procurer de la nourriture, ce qui représente un apport
d'azote organique exogène. Il s'en suit une production
continuelle de déjections qui vont être
minéralisées en nitrates par un filtre à
percolation ad hoc. Comme la production végétale
est le plus souvent négligeable dans ce type d'aquarium, les
nitrates ne peuvent qu'inexorablement s'accumuler. Pour contrer cette
accumulation, cinq techniques ont plus ou moins fait leur preuves (1)
renouveler l'eau; (2) limiter l'apport de nourriture,
c'est-à-dire limiter le peuplement de l'aquarium; (3) retirer
l'azote organique avant sa minéralisation à l'aide d'un
écumeur et dans une moindre mesure avec du charbon actif; (4)
dénitrifier au moyen d'un filtre dénitrateur; (5)
favoriser la croissance des algues, puis élaguer, afin de
retirer de l'azote organique végétal (filtre à
algues). Et il demeure toujours des nitrates dans l'eau de l'aquarium
de poissons seuls.
La méthode berlinoise. Grossièrement
résumé, il s'agit d'un aquarium qui comporte des
pierres vivantes, un écumeur plutôt efficace, pas trop
de poissons et une grande variété d'algues et
d'invertébrés en partie venus avec les pierres. Cette
recette en apparence simple permet de maintenir les nitrates à
des concentrations non détectables, même en nourrissant
copieusement les poissons. C'est un petit miracle. La figure
ci-dessous présente une description de la circulation de
l'azote dans cet aquarium Berlinois. Les flèches ont
été épaissies ou amincies pour souligner les
différences avec le cas idéal de la figure
précédente. De plus ce système a
été "ouvert", c'est-à-dire qu'il possède
une entrée (input) qui est la nourriture des poissons,
et deux sorties (outputs) que sont la dénitrification
et l'écumage.
Le succès de la méthode berlinoise est
généralement attribué à la
dénitrification qui se produit dans les pierres vivantes.
Celle-ci semble bien fonctionner à en croire l'absence
d'accumulation de nitrates obtenue même dans des aquariums peu
écumés. Il n'y a pas grand chose d'autre à
ajouter sur la dénitrification, si ce n'est qu'à mes
yeux un certain nombre de questions demeurent sans réponses
satisfaisantes: quelle est l'importance de la zone anaérobie
au sein des pierres vivantes? la dénitrification est-elle
capable de consommer les nitrates jusqu'à une concentration
"non détectable"? d'où viennent les <H>
nécessaires à la dénitrification ? pourquoi les
pierres ne produisent-elles pas de H2S ?
L'autre "sortie" d'azote de l'aquarium est l'écumeur. Or,
de part son principe de fonctionnement, l'écumeur est
incapable de retirer tout l'azote organique qui est présent
dans un échantillon d'eau. Certaines substances s'accumulent
préferentiellement dans l'écume parce qu'elles ont des
propriétés tensio-actives. Les substances
azotées qui ne s'accumulent pas dans l'écume vont
inévitablement finir par être
minéralisées. L'écumeur n'assure ainsi qu'une
filtration partielle et c'est pourquoi il est incapable d'assurer
à lui seul la filtration d'un bac de poissons seuls.
Sur les pierres existe toute une microflore d'algues et de
bactéries qui consomme immédiatement le nitrate et/ou
l'ammonium issus de la minéralisation. Cette microflore est
continuellement "broutée" par la microfaune des pierres, ce
qui stimule énormément sa croissance et donc sa
capacité à consommer de l'ammonium et du nitrate. La
microfaune comprend également des prédateurs qui se
nourrissent des "brouteurs" et les poissons du bac jouent le
rôle de superprédateurs pour tout ce petit monde. Il
existe donc une chaîne alimentaire fonctionnelle dans
l'aquarium berlinois, même si elle ne suffit en
général pas à nourrir complètement les
poissons. L'azote organique peut donc "remonter" la chaîne
alimentaire et à chaque étape un peu d'azote organique
se retrouve dissout dans l'eau (excrétion, urine,
débris) dont une fraction est immédiatement
retirée par l'écumeur.
En résumé, l'activité biologique
apportées par les pierres vivantes permet de recycler
continuellement l'azote jusqu'à ce qu'il se trouve sous une
forme soit écumable soit "respirable". La biodiversité
apportée par les pierres évite l'accumulation de
l'azote sous quelles que formes intermédiaire que ce soit, si
ce n'est en fin de compte sous la forme de poissons et de coraux.
La dénitrification et l'écumage retirent chacun une
part de l'azote introduit avec la nourriture. Les proportions
respectives de ces deux parts varient certainement beaucoup d'un
aquarium à l'autre et dépendent du peuplement de
l'aquarium, de la qualité (et quantité) des pierres
vivantes et de l'efficacité de l'écumeur. De
même, l'efficacité du recyclage de l'azote par la
chaîne alimentaire doit passablement varier d'un aquarium
à l'autre suivant le peuplement. Il est malheureusement
techniquement difficile, mais pas impossible, de quantifier ces
échanges. Je pense que si on avait accès à de
tels chiffres, on pourrait mieux comparer les aquariums entre eux et
comprendre pourquoi certains fonctionnent tellement mieux que
d'autres. Enfin, il est évident qu'une analyse du
fonctionnement d'un aquarium basée uniquement sur l'azote est
incomplète. D'autres éléments chimiques sont
à prendre en compte, à commencer par le carbone et le
phosphate... mais il fallait bien commencer quelque part!
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