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Aquariophilie, Récifs Sauvages
& Bouturage
Version 1.0 du 30/10/99
Par Fabrice POIRAUD-LAMBERT
La majorité des aquariophiles récifaux ont découvert cette
passion soit en voyant un autre aquarium, soit en découvrant le milieu
naturel à travers des films et des reportages, soit encore en plongeant
directement sur les récifs et en étant frappé par leur
incroyable beauté. L'amateur débutant ira de découvertes
en découvertes, explorant la merveilleuse diversité des animaux
marins au fur et à mesure qu'ils les verra dans les magasins, puis dans
son aquarium ou dans les livres. L'aquarium récifal devient alors rapidement
un outil pédagogique unique et irremplaçable pour étudier
dans des conditions souvent idéales la vie d'un grand nombre d'animaux
marins, qu'ils soient mobiles ou immobiles, vertébrés ou invertébrés.
A partir d'un certain stade, l'amateur peut soit rester
concentré sur son aquarium, soit tenter de découvrir
les habitats naturels des animaux qu'il héberge, afin
d'améliorer la connaissance qu'il en a. C'est alors qu'il peut
constater que le milieu naturel dans lequel sont
prélevés les animaux souffre considérablement de
l'impact de l'homme, que ce soit dû aux
phénomènes de réchauffement de la mer (suite aux
émissions de CO2 et à l'effet de serre qui en
résulte), soit à la pollution côtière, aux
prélèvements sauvages afin de construire maisons,
routes, et produits divers (cosmétiques,...), ou à la
sur-pêche, qu'elle soit pour la consommation humaine, ou le
marché aquariophile. Les méthodes souvent
utilisées (explosifs, cyanure) engendrent
énormément de dégâts, qui peuvent se
confondre avec les effets des tempêtes tropicales...
Etat des Récifs : des faits
Si les effets du commerce aquariophile sur le milieu naturel est
un sujet qui crée de nombreuses polémiques (les raisons
économiques sous-jacentes sont évidentes), il est
néanmoins difficile de nier que la majorité des animaux
marins qui peuplent nos aquariums sont d'origine sauvage. Si l'on
considère tous les animaux qui arrivent dans les magasins
proches de chez nous, que l'on extrapole sur ce qui arrive sur
l'ensemble du pays ou du continent, et si l'on tient compte du fait
que 95% de la pêche mondiale part pour les USA, cela donne une
vague idée de l'importance des prélèvements.
Voici quelques données scientifiques, extraites de rapports
récents (98) divers, qui donnent une indication de
l'état des récifs, indépendamment du commerce
aquariophile :
- Selon des études récentes (Bryant & Al,
1998), 58% des récifs coralliens mondiaux sont
potentiellement stressés par l'activité humaine,
avec des pointes à 80% dans le Sud Est Asiatique ou dans
les Caraïbes. 10 à 30% (en fonction des sources) sont
déjà irrémédiablement détruits
ou abîmés. Cette dégradation a eu un impact
estimé à 140 milliards de dollars uniquement sur le
tourisme...
- Corail : Entre 97 et 98, la couverture vivante est
passée de 82 à 67%. Selon certaines estimations les
blanchiments sévères qui ont lieu occasionnellement
en ce moment arriveront chaque année d'ici 30 à 50
ans, avec les pertes associées. Déjà en 98,
des colonies millénaires ont été
décimées, signe que la situation est la pire depuis
1000 ans. Selon certains spécialistes, l'augmentation de la
concentration de CO2 dans l'atmosphère entraîne
l'acidification des océans, ce qui réduira fortement
les facultés de calcification des coraux durs d'ici
quelques dizaines d'années, réduisant alors leur
capacité à survivre et réparer le
récif.
- Rien qu'aux Philippines, plus de 150 000 kg de solution de
cyanure sont répandus sur environ 33 millions de colonies
de coraux chaque année. Durant les 8 premiers mois de 1995,
2.3 millions de kg de poissons vivants, pour un montant de 180
millions de $ US, ont été exportés vers Hong
Kong et Taiwan. 1.9 million de kg de poissons "décoratifs",
pour un montant de 800 000 $ US, ont été
expédiés vers l'Europe et l'Amérique du Nord.
(Source WWF, www.panda.org).
- déjà 127 000 emplois de pêcheur disparus
aux Philippines (-80 M$/an)
- En 20 ans à Hawaï, parmi les 10 espèces de
poissons les plus collectées pour le marché
aquariophile, 59% ont disparus, contre 40% pour les autres.
- Napoléons : disparu sur 90% des récifs,
à cause de la pêche au cyanure
- Grands Mérous : invisibles sur 63% des
récifs (régression de 16% entre 97 et 98)
- Langoustes : introuvables sur 88% des récifs,
avec une régression de 7% entre 97 et 98
- Holothuries : disparues de 62% des récifs (- 23%
entre 97 et 98)
- Zebrazoma flavescent : - 56% sur les récifs
hawaïens
- entre 97 et 98, 30% des récifs se sont vidés de
leurs bénitiers, laissant 53% des récifs
vides
- 6 millions de tonnes de poissons sont
pêchées sur les récifs par an
- la température terrestre a augmenté de 1°C
en 100 ans, et elle peut monter de 2 °C dans le demi-siecle
qui vient...
La dégradation avance parfois de 30% par an, à cause
de la pollution (CO2, produits toxiques, Maladies), méthodes
de pêche (explosifs, cyanure, filets,...), sur-exploitation,
réchauffement des mers, dégâts naturels
(cyclones, Etoiles de mer Couronne du Christ, ...) ...
Quelle importance ?
- 500 millions de personnes, 10% de la population terrestre,
vivent à moins de 100 km des récifs, avec les
impacts qui en découlent
- Les récifs couvrent moins de 0.2 % de la surface des
mers, mais contiennent 25% des espèces de poissons marins.
Les poissons pêchés sur les récifs
représentent 6 millions de tonnes par an au minimum. Les
récifs fournissent un quart des produits de la pêche
des pays en voie de développement et un emploi pour des
millions de pêcheurs. Rien que les dégâts
réalisés sur les récifs philippins ont
entraînés la perte de plus de 80 millions de dollars
par an et la disparition de 127 000 emplois.
- Le tourisme récifal, en progression, apporte une manne
immense : rien qu'en 1990, 89 milliards de dollars ont ainsi
été générés dans les
Caraïbes, pendant que 1.5 milliard de dollars sont
générés chaque année sur la grande
barrière d'Australie ou sur les récifs de
Floride.
- les récifs fournissent protection et abris à des
nombreuses îles et côtes, limitant les
dégâts occasionnés par les tempêtes et
l'erosion naturelle des vagues et du vent.
- entre 1 et 3 millions d'espèces animales vivent sur les
récifs, dont seuls 5 à 10% sont
identifiés.
- plus de 6000 substances à usage médical ont
été découvertes sur le récifs, dont
plusieurs remèdes anti-cancereux, la possibilité de
greffes osseuses,...
Responsabilité des Aquariophiles
Si l'on considère ces données, et le fait que
certaines espèces d'invertébrés, en provenance
de pays divers, sont maintenant interdits à la vente en
Europe, plus la réflexion de certains pays comme Fidji
concernant l'exploitation de leurs récifs, il apparaît
que l'Aquariophile Récifal a un certain nombre de devoirs
moraux :
- Apprendre le plus possible sur les conditions de maintenance
de ses animaux afin de limiter les pertes au minimum
- Privilégier les fournisseurs qui travaillent dans le
respect des animaux par rapport à ceux qui les massacrent.
Toute la chaîne est concernée : pêcheur,
exportateur, importateur, grossiste ou détaillant.
- Apprendre à élever autant d'espèces
d'invertébrés et de poissons que possible et
échanger des boutures avec d'autres amateurs afin de
limiter l'impact sur les récifs et augmenter la
résistance et la biodiversité de nos aquariums.
Le bouturage des coraux relève globalement de techniques
assez simples qui sont décrites dans certains livres et sur le
web (voir le GARF : www.garf.org).
Dans de bonnes conditions, la croissance des coraux permet une
multiplication "rapide". Les coraux mous et durs à petits
polypes peuvent ainsi facilement fournir des dizaines de boutures par
colonie, chaque année.
Voici par exemple une colonie d'Acropora sur laquelle une branche
a été enlevée délicatement avec une pince
:
Notez l'apparition, quelques semaines après la
brisure, de la cicatrisation des tissus et de l'apparition d'une
quinzaine de polypes. 2 mois plus tard, 3 branches auront
poussé, la plus grande mesurant 2 cm. Avec une croissance
minimum de 1 cm par mois, les 3 branches filles mesureront environ 5
cm 6 mois après l'amputation de la branche mère, et
permettront 3 nouvelles boutures là où une seule avait
été possible.
Ces boutures pourront être entreposées sur un support
spécial, suspendu sur une vitre de l'aquarium, en attendant
d'être échangées ou vendues.
Imaginez le nombre de boutures réalisable sur une colonie
comme celle ci-dessous, qui a poussé en 18 mois : 30 ? 40 ? 50
? Tout en laissant une colonie de grande taille pourvue de nombreuses
branches qui ne manqueront pas de croître et multiplier
à nouveau !
A partir d'une telle colonie, on peut envisager de récolter
50 boutures tous les 6 mois, soit 100 par an. Vendues 50 FF chaque,
le chiffre d'affaires annuel potentiel est donc de 5000 FF. Avec une
centaine de colonies différentes, on arriverait à
100*5000 = 500 000 FF de chiffre d'affaires par an. Ces 100 colonies
pourraient tenir dans quelques aquariums de bonne taille dont le
coût de maintenance est très inférieur à
priori à 100 000 FF/an.
En conclusion, le marché de la bouture appartiendra
à ceux qui auront assez de compétence, de patience et
de courage pour s'y lancer. A mon sens, rien ne s'oppose à
l'élevage du corail en captivité si les filières
de distributions (détaillants / grossistes /
importateurs/exportateurs) jouent le jeu. Si nous ne
réagissons pas maintenant, les magasins risquent forts de ne
plus avoir grand chose à distribuer aux aquariophiles d'ici 1
à 2 ans, en raison des régulations qui ne manqueront
pas d'apparaître pour protéger l'environnement naturel.
Qui va oser ?
Réactions des Scientifiques et
des Politiques
Face aux énormes enjeux à la fois
économiques, sociaux et environnementaux, les scientifiques et
les politiques des pays possesseurs de récifs
réagissent et tentent de comprendre et de réguler
l'exploitation des récifs. Voici quelques emails (en anglais)
qui montrent à la fois le désarroi des personnes
concernées et leurs réactions.
- "Dear all,
-
- 1. In the aquarium trade, how do retailers distinguish
between "live rock" and "coral" when both corals and calcarious
algae are found on the same specimen?
-
- 2. In jurisdictions allowing export of live rock but not
coral, how are they differentiated?
-
- Here in American Samoa, one company has recently started to
collect live rock and some aquarium fish for export on a weekly
basis."
- Dear Fellow Coral Reef Scientists,
For the past 10 to 15 years, I have noticed a tremendous increase
in tourism development near, adjacent or right on top of various
coral reef ecosystems throughout the entire world. Reefs of my
"home town" island of Guam changed before my eyes in a matter of a
few short years. Reefs that originally supported clear water
species changed to those species that can tolerate silt and
eventually predominated. The "change" of course was the death of
the Acroporas and other associated species found more so in clear
waters. No doubt, a coral reef certainly does try to stay alive
and adapt to man's changes but there are, of course, limitations
before the reef ecosystem succumbs.
Movies, TV, scientist celebrities, and tourist marketing have been
helping to bring the human masses to the reefs of the world to
wonder and ogle at the strange and fascinating marine life. But
this has been at a tremendous cost!
Many if not most tourism developments and operations on / near
coral reef ecosystems have had serious negative consequences as a
result of inadequate human waste & related/associated
packaging waste treatment and elimination -[from plastic bags to
the horrific cookie & potato chip mini-bags]. Tourists
visiting a coral reef shallows in Sabah alone, leave behind a
certain amount of glittering mini chip bags dotting the reef -
dumped off the boats many times by the boat operators themselves
and not so much the tourists.
Rumors have it that large tracts of shallow coral reef flats in
Belau, Micronesia have been all but destroyed by unregulated,
uncontrolled, ignorant, and often times, outright thoughtless
negligence of tourists. But where were their local guides?
Are some tourist nationalities more conscious than others of the
coral reefs' physical fragile nature? Can education be instituted
at a level of almost licensing tour guides and making them legally
liable for any damages caused by their tourist groups? Should the
"Barb Wire Fence" syndrome be rigidly applied to coral reef
ecosystems - Stay Out? How can tourists still see the coral reef
wonders but yet not seriously affect the ecosystem mechanisms?
-
- Hello All,
-
- Just talked with a friend in Vanuatu and he mentioned that
everyone from Fiji is feeling the impending shutdown of exports
so they are trying to get into Vanuatu. I will cut and paste
portions of some emails to give you an idea of what is
happening. I think the Vanuatu government could use some
scientific help in stopping their reefs from being exploited
and destroyed instead of sustainably managed. Hopefully someone
can help.
-
- "Our director of Fisheries will be meeting with his
minister tomorrow(Sept 23) to discuss the situation so any
additional "advice" you can offer will be fed into the system
before their meeting. We have managed to put a stop to xxxxxxx
xxxxxxx's operation....his reputation for being a crook
basically sealed his fate, but there are plenty more shadey
companies ready to fill his place!"
-
- I have recently heard that via the pacnews wire service
that Fiji is considering a ban on the collection and export of
Corals AND "pet-fish" from their country. This is a bold move
by the Fiji government but given the amount of Coral/Rock and
Fish being removed from Fiji every month I am frankly quite
surprised it has taken this long!
-
- snip
-
- given our long term interests in this country and the
aquarium industry, we were extremely disturbed recently to find
out that a recently formed "foreign investment" section of the
Vanuatu Govt has received AND approved a flood of applications
from people wishing to set-up similar aquarium based companies
on our island. (Perhaps as a result of the problems in Fiji?)
To date four companies have been approved without consultation
to Fisheries or Environment Departments - all in the name of
"foreign investment"! One particularly nasty operator is
already in Vanuatu trying to sort out Fisheries permits etc....
and has already made attempts to export illegally (without
permission) 1000Kgs of Live Corals, and hundreds of Live
Mangrove Plants!
-
- Given common sense , and the small size of our island. The
director's of our environment unit (CITES authority) and
Fisheries departments are absolutely horrified at the prospect
of an additional 4 companies. It is the view of our Environment
department that while one company (us) can be properly
monitored for sustainability, any more companies would simply
be too much for our reefs to support. The debate
continues................Investment vs Resources.
-
- I have suggested that all approvals be put on hold until
some form of environmental impact study can be performed, but
not being a scientist myself, do not pull a lot of weight with
my suggestions.
-
- Could you please offer some suggestions to us and the
Vanuatu government before the flood gates are opened and
Vanuatu ends up being stripped of all aquarium product as has
happenned in Fiji, and before that Tonga etc... there seems to
be a number of companies whose policy it is to arrive in a new
country, take and ship whatever they can, and then after 12
months they move on to the next destination.
Etc, etc...
US Sierra Club Statement :
"the human race is engaged in the
largest experiment in history - an experiment to see what will happen
to our health and the health of the planet when we make drastic
changes in our climat. This is not a controlled scientific inquiry.
It is a massive change in the Earth's environment, and we are
gambling our children's future on the results."
-
-
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