CONSTRUIRE L'AQUARIUM RECIFAL IDEAL ?
Version 1.5 - 23/08/98
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  INTRODUCTION

 
Dans un article, j'ai un jour décrit la difficulté qu'il y a à trouver dans le commerce des aquariums dédiés à l'eau de mer, tout faits, à un prix accessible, et les problèmes que l'on peut avoir à les faire construire. Je voudrais ici tenter de décrire l'aquarium idéal, c'est-à-dire celui qui pose le moins de problème de maintenance et de nuisances (sonores essentiellement !) possible. Nous n'aborderons ici que ce qui concerne le bac, sa décantation et la tuyauterie qui les relie. Cet article a pour vocation d'évoluer dans le temps, en fonction de vos réactions de lecteurs, de sorte que nous arrivions, ensemble, à définir par écrit les paramètres de l'aquarium marin récifal idéal.
 
 
Encore aujourd'hui, je continue à être stupéfié par le mode de construction des aquariums marins par les professionnels du commerce. On peut distinguer deux types d'aquariums : ceux qui sont destinés à une filtration mécanique traditionnelle (filtre semi-humide, bio-balles, etc...), et les bacs récifaux destinés à la méthode Berlinoise. Je profite de cette introduction pour souligner que tous ceux qui tentent de maintenir des coraux durs avec une autre méthode que la méthode berlinoise ou Jaubert finissent par avoir tellement de problèmes qu'ils doivent régulièrement tout démonter. Le cas le plus frappant se rencontre dans certains magasins, qui ne jurent que par la filtration semi-humide et n'hésitent pas à publier dans la presse la photo de leur bac d'exposition, ledit bac étant démonté et remonté tous les 3 à 6 mois, après avoir tué tous ses habitants sous des monceaux d'algues filamenteuses... Qu'un aquariophile s'acharne sur une méthode qui a ses limites est déjà scandaleux, mais qu'il soit en plus professionnel et amené à conseiller (forcément mal !) des débutants est inqualifiable !
 
L'aquarium récifal étant généralement 'Berlinois', c'est ce type d'aquarium que nous allons tenter de décrire en détail.
 
 

LA STRUCTURE DE LA CUVE

 
S'il est tentant de vouloir utiliser certaines cuves peu coûteuses du commerce pour réaliser un bac marin, force est de constater qu'elles ne répondent toujours pas aux contraintes spécifiques de l'eau de mer, à part certaines que l'on peut trouver chez certains détaillants qui les fabriquent ou les font fabriquer sur mesure.
 
 
Volumes & dimensions
 
Pour des raisons de stabilité du milieu et de moyens financiers, nous n'allons décrire dans cet article que deux tailles de cuves, représentatives de ce qui se vend le plus souvent : 400 et 600 litres. D'autres dimensions sont évidemment concevables, mais l'objectif est ici de décrire une sorte de 'standard', chacun étant libre de l'adapter à ses désirs.
 
Les dimensions d'un bac marin tiennent généralement compte de plusieurs paramètres :
- les contraintes liées à l'oxygénation de l'eau, qui nécessite une surface d'échange importante en surface
- l'effet d'optique de réduction de la profondeur de champ induit par l'eau (en général, on considère que l'on ne perçoit que 2/3 de la profondeur réelle)
- la taille des systèmes d'éclairage (les tubes néons mesurent 0.6, 1.2 ou 1.5 m par exemple).
- la puissance d'éclairage nécessaire pour traverser un certain volume d'eau
- les contraintes pratiques associées aux différentes dimensions possibles
- les coûts associés à la mise en place et à la maintenance de chaque volume
 
C'est pourquoi un aquarium aura généralement les dimensions suivantes :
- profondeur : minimum 60 cm, certains bacs offrant jusqu'à près de 2 m de profondeur...
- longueur : 0.7, 1.3 ou 1.6 m, afin de permettre facilement l'utilisation de néons. Des longueurs plus importantes peuvent être utilisées, mais elles impliquent une accumulation de contraintes supplémentaires liées à l'éclairage, l'écumage, le volume de pierres pour réaliser le décor, le brassage,...
- hauteur : 50 cm semble être un minimum pour le confort visuel. Au-delà de 60 cm, des manipulations au fond du bac nécessitent de s'immerger une partie du corps et non plus uniquement le bras... pas très agréable l'hiver... et des puissances d'éclairage supérieures, sans parler d'une possible difficulté à oxygéner le fond de l'aquarium.
 
Les dimensions standards de nos deux cuves pourraient donc être :
 
Cuve de 400 litres : 1.3 * 0.6 * 0.6 (l*p*h), afin de permettre un volume d'eau réel de 1.3*0.6*0.5, soit 390 litres.
 
Cuve de 600 litres : 1.6 * 0.70 * 0.65 (l*p*h), afin de permettre un volume d'eau réel de 1.3*0.70*0.55, soit 616 litres.
 
 
Epaisseur des vitres
 
Le verre utilisé pour la construction de ces aquariums devra être de 10 mm si des renforts sont utilisés (voir plus bas), ou de 12 cm si le bac n'est pas beaucoup renforcé et si ses dimensions sont importantes. Pour des bacs de plus grandes dimensions, des verres encore plus épais peuvent être conseillés.
 
 
Formes
 
Les aquariums ont généralement la forme d'un rectangle, certains ayant des angles biseautés, mais en fonction de la place dont vous disposez, rien n'empêche de faire construire des bacs carrés, en L ou en forme de Diamant. La forme choisie devra s'adapter à votre environnement mais surtout permettre une maintenance aisée, pour ce qui concerne le brassage, l'éclairage, les siphonnages, le démontage des éléments arrières (pompes, lampes, tubes divers,...).
 
Pour faciliter la vision, certains pourront choisir de faire incliner légèrement la vitre avant vers le haut (par exemple de 5 cm sur la hauteur du bac). Attention à ne pas abuser : des algues et des bulles de gaz pourraient se retrouver bloquées par cet angle, et obstruer la vue très rapidement, en nécessitant beaucoup plus de maintenance que la normale.
 
La forme rectangle semble offrir la plus grande facilité de maintenance dans un encombrement minimal, surtout pour des volumes importants.
 
 
Renforts
 
Un renfort est une bande de verre, de la même épaisseur que les parois du bac, collée horizontalement et perpendiculairement aux vitres. Son but est de rigidifier le bac et de lui permettre de résister aux pressions sans déformation et sans arrachement des collages.
 
La diversité des dimensions, des formes et des positions de ces renforts peut appeler quelques commentaires. Tout d'abord, il paraît sain de faire poser un renfort au niveau du sol, tout autour du périmètre intérieur de la cuve. Les renforts supérieurs sont généralement de deux types : ceux qui ceinturent les parois du bac, et ceux qui enjambent l'eau pour aller de part et d'autre.
 
Ces renforts supérieurs, incontournables, peuvent être plus ou moins gênants en fonction de leur conception. Par exemple, un certain nombre d'appareils et d'outils nécessitent d'être fixés sur une paroi verticale. Or, si un renfort ceinture tout le périmètre du bac, il sera bien difficile de les placer. Autre exemple : si les renforts sont trop larges, ils pourront gêner la pénétration de la lumière, la fixation de pompes en dessous, la maintenance, la capture éventuelle des poissons,... Un autre pour finir : si les renforts sont étroits et ne courent que le long du périmètre il se peut que poser un tube néon bleu près de la surface se transforme en casse-tête.
 
Le standard pourrait donc adopter les règles suivantes pour la conception des renforts supérieurs :
 
Bac de 400 litres : étant donné que ce type de bac peut être éclairé avec une seule lampe HQI, poser des renforts de 5 cm de large sur la vitre avant et arrière, et un renfort de 5 cm de large de chaque coté du bac, à 15 cm de chaque paroi (voir schéma).
 
Bac de 600 litres : la longueur du bac et son éclairage par deux lampes (en général, sauf si l'amateur utilise un projecteur grand angle) amène à poser un renfort de 5 cm de large supplémentaire au centre du bac, à un endroit où il ne gênera donc guère la pénétration de la lumière.
 

 
Trous & débordement
 
Nous touchons ici l'un des points névralgiques des conceptions industrielles actuelles des aquariums. Est-ce pour des raisons de facilité, par manque d'imagination ou en raison d'une non adaptation des habitudes de constructions aux nouvelles techniques de maintenance, quoi qu'il en soit, les aquariums sont tous conçus avec un trou dans un angle de la vitre du fond (parfois plusieurs pour laisser passer des câbles et des tuyaux), et un coffrage carré qui remonte jusqu'à la surface. Des systèmes plus ou moins complexes permettent parfois de prendre de l'eau à plusieurs niveaux de profondeur, dans l'espoir de drainer les sédiments.
 
Résultat de cette conception adaptée aux filtrations traditionnelles : aucune masse filtrante ou tuyauterie complexe ne venant ralentir le flux de l'eau, chaque aquariophile récifal doit se débrouiller comme il le peut pour amortir les bruits de chutes d'eau et de siphons divers ! Pourtant, des solutions existent et sont utilisées par nombre d'aquariophiles ! Messieurs les fabricants, pourquoi ne pas adapter vos concepts ?
 
Le seul avantage de la chute d'eau traditionnelle est son passage à travers le bac, sans utiliser de place à l'arrière. Par contre ses inconvénients sont nombreux :
- création d'une chute d'eau bruyante de la hauteur du bac, qui nécessite de poser un tube afin de remonter le niveau d'eau dans le coffrage afin de réduire la hauteur de la chute d'eau et donc le bruit
- phénomène bruyant de siphon, engendré par le passage difficile de l'air dans le tube de descente (problème lié au diamètre du tube de descente et au débit d'eau). Il faut alors poser une vanne sur le tube, inventer des découpes originales pour tenter de casser la rotation du siphon, etc, etc... ceci pouvant entraîner des débordements du bac sans pour autant résoudre totalement le problème du bruit !
- fracas de l'eau tombant de haut verticalement dans la décantation...
- volume d'eau inutilement consommé par le coffrage souvent carré, alors qu'un triangle est plus agréable.
 
Bref... ce n'est pas l'idéal !
 
Des amateurs comme Stéphane FOURNIER, Brian KUBICKI (http://www.wavetech.net/~kubicki/) aux USA ou beaucoup de nos amis aquariophiles Alsaciens ont depuis longtemps adopté d'autres méthodes, beaucoup plus adaptées.
 
Ces méthodes reposent sur plusieurs principes de base, avec ensuite des adaptations :
1- seule l'eau de surface est drainée, les prises d'eau au fond n'entraînant que peu de sédiments tout en diminuant la possibilité de faire déborder l'eau de surface la plus chargée en corps gras et en éléments écumables.
2- le ou les trous sont percés dans la vitre de derrière ou dans une vitre latérale, mais pas au fond. Résultats : plus de chute d'eau à réduire, plus de coffrage encombrant.
 
La mise en oeuvre de ses deux principes peut ensuite offrir plusieurs possibilités et il est beaucoup plus facile de créer plusieurs points de drainage (un de chaque coté du bac par exemple). L'une de ces possibilités, mise en oeuvre par Stéphane FOURNIER est décrite ci-après.
 
Les plans suivants montrent comment, grâce à un perçage de la vitre arrière, l'eau de surface est prélevée en surface (2), puis via deux coudes, dirigée selon une pente douce (45°)vers la décantation. Grâce à cette inclinaison du tube de descente, l'air peut circuler dans la partie haute du tube, évitant ainsi les phénomènes de dépression. L'autre astuce de ce système consiste à permettre l'entrée de l'air dans la tuyauterie grâce à une prolongation (1) du tuyau de descente bien au-dessus du niveau de l'eau. Afin d'éviter l'entrée de poussières dans ce tube, un petit tampon de ouate pourra être disposé à l'entrée de l'orifice (1). La partie de ce système immergée dans le bac (2) sera coupée à l'extrémité à 45° afin de casser le plus possible la rotation de l'eau lorsqu'elle entre dans le tube (effet dû à la rotation terrestre). Si vous craignez que des animaux (crabes, escargots, poissons, algues, ...) pénètrent dans le tube, le bouchent, et fassent déborder l'aquarium, vous pouvez fabriquer un petit manchon à enfiler sur le tube immergé, à l'aide d'un peu de grillage plastique et de fil de Nylon.
 
Bien entendu, l'ensemble du système devra pouvoir être démonté facilement pour les opérations de nettoyage.
 

 
Si le fait de faire dépasser un coude dans l'aquarium vous pose un problème, vous pouvez mettre en oeuvre les solutions utilisées par nos amis Alsaciens : créer une petite cuve en verre en surface. La plan incliné gris sur le schéma ci-joint peut être utilisé afin de réduire encore le bruit éventuellement perceptible. L'orifice du tube de sortie sera protégé par un petit grillage plastique démontable, fixé devant avec par exemple un système de rails fabriqué avec quelques petites plaques de verre, afin d'empêcher de gros animaux (escargots, Bernards l'ermite, poissons,É) de tomber dans le tube et de le boucher en créant un débordement. Pour éviter qu'un poisson sauteur ne se plaque contre l'orifice du tube de descente et ne le bouche, une solution consiste à non pas mettre un grillage de protection plat, mais en forme de petit caisson, comme celui qui est proposé dans le schéma du paragraphe "Emplacement des pompes" ci-dessous. Ainsi, l'eau pouvant circuler sur les 5 cotés du grillage en forme de cube, les poissons ne restent pas prisonniers de la pression et ne bouchent donc pas la descente.
 
 
 
 
Si vous ne souhaitez pas faire percer les parois du bac pour y faire passer un tuyau d'écoulement, il existe une autre possibilité intéressante schématisée ci-dessous :
 
 
Le principe est simple : dans le haut du bac, sur un coté ou dans le fond, on découpe un rectangle de sorte que l'eau puisse s'écouler vers l'extérieur. Une petite cuve est collée à l'extérieur du bac, qui récupère l'eau qui en coule, via un plan incliné qui annule le bruit de chute d'eau, et qui la dirige vers un tube qui rejoint la décantation. La découpe du bac peut être protègée par un fin grillage plastique ou un peigne de sorte que les animaux ne puissent pas en sortir. Les avantages de ce système sont les suivants :
* Il n'y a donc pas de trou à perçer, sauf dans l'un des cotés de la petite cuve, mais cela restreint les risques et la difficulté.
* rien ne vient encombrer l'intérieur du bac, qui est ainsi 100% exploitable
* en fonction de la position du tuyau de sortie, on peut faire en sorte que le système d'écoulement prenne très peu de place derrière le bac (moins de 10 cm), ce qui permet d'avoir un système plus compact au final que si l'on passe le tuyau directement à travers de la cuve principale.
* si la décantation se trouve au même niveau que le bac, aucun tuyau ni aucun perçage n'est nécessaire...
 
 
Emplacement des pompes
 
Le brassage d'un bac Berlinois hébergeant des coraux durs est beaucoup plus subtile et complexe à mettre en place que ce que nécessitent quelques coraux mous et/ou des poissons. Les coraux à longs polypes demandent généralement un brassage moyen à faible, et les coraux à petits polypes un brassage important sans être brutal. De plus, un bac avec un décor imposant et des colonies coralliennes développées offrira beaucoup plus de résistance au brassage qu'un bac avec un petit décor et des coraux de faible taille. La conception 'standard' de certains aquariums propose 2 à 3 points de rejet d'eau, souvent de petit diamètre, avec des possibilités de réglages limitées, or il arrive qu'un corail se sente bien à quelques centimètres seulement d'un endroit où il dépérissait à cause du (manque ou de l'excès de) courant.
 
Si votre cuve est livrée sans ces systèmes, vous aurez le choix entre placer quelques pompes puissantes (entre 2000 et 4000 litres/h) ou un plus grand nombre de pompes moins performantes (de 500 à 1500 l/h), voire un panaché des deux types, l'objectif étant d'atteindre au minimum un brassage de 10 à 15 fois le volume d'eau par heure. Pour notre bac de 400 litres, il faudra donc brasser entre 4000 et 6000 l/h minimum, et pour le 600 l, entre 6000 et 9000 l/h.
 
Si l'option qui consiste à placer les pompes directement dans la cuve principale est parfaitement acceptable, les chanceux qui ont de la place pourront adopter une autre méthode, plus esthétique et qui permet de réduire la maintenance. L'idée, utilisée par certains aquariums AquaMedic par exemple, consiste à placer les pompes dans une cuve fixée derrière le bac principal. Les avantages qui en découlent sont :
- plus de problème de fixation à l'intérieur du bac (certaines pompes à ventouses glissent en permanence)
- il n'est plus nécessaire de mettre des crépines de protection à l'entrée des pompes, crépines qui se bouchent régulièrement, réduisent le débit, et qu'il faut nettoyer.
- l'arrière du bac n'est plus 'défiguré' par une ribambelle de pompes
 
Pour réaliser cela, il faut donc créer une cuve derrière la cuve principale, percer un (voire plusieurs) trou dans l'une des parois (éventuellement assez bas pour attirer les sédiments (6000 à 9000 l/h de traction !!), mais tout en restant accessible pour un éventuel nettoyage et avec un grillage de sécurité un peu déporté évitant que les gros animaux n'y restent plaqués. La vitre arrière, voire les vitres latérales, pourront alors être percées de trous régulièrement espacés, d'un diamètre à définir en fonction des diamètres de sortie des pompes du commerce). Les trous pourront être utilisés on non, obstrués ou non, et être équipés de coudes permettant le réglage des flux d'eau. Des trous doivent être proposés régulièrement (tous les 15 m ?) à 5 cm de la surface, et d'autres peuvent être proposés à divers niveaux, afin de permettre un brassage sous le décor pour éviter que les sédiments n'y restent, tout en évitant de coincer une pompes sous des pierres...
 
Ceci est une option 'luxe', mais je ne pense pas être le seul à regretter de ne pas en profiter ! J'ai rencontré depuis la rédaction initiale de cet article un certain nombre d'amateurs qui ont depuis ou avaient déjà auparavant mis en place ce type de cuve arrière, et en étaient très satisfaits. Ainsi, dans la région de Nancy, un amateur a une cuve de 180 par 240, sur 70 cm de haut. Le volume visible du bac est de 180*180, les 60 cm à l'arrière du bac étant destinés à la décantation, aux écumeurs et aux pompes de brassage qui renvoient l'eau vers le bac principal. Dans ce bac, une vitre sépare les deux compartiments, et c'est toute la surface de l'eau qui 'chute' dans la zone de 'traitement'. Peut-être un jour aurons nous une photo ?
 
 
 

STRUCTURE DE LA DECANTATION

 
L'une des questions que l'amateur débutant se pose souvent, c'est : 'A quoi sert une décantation ? Comment doit-elle être conçue ?'. Si la méthode berlinoise libère considérablement l'espace occupé par les masses filtrantes dans la méthode traditionnelle, il n'en reste pas moins que la décantation est un volume important qui permet beaucoup de choses :
- placer un ou plusieurs écumeurs de petite taille
- dissoudre des produits chimiques agressifs (Eau de chaux, strontium, iode,...)
- placer un éventuel pré-filtre afin de retenir les grosses particules en vue de leur élimination manuelle
- placer du charbon actif
- isoler momentanément un animal
- conserver des pierres vivantes qui n'ont pas pour l'instant leur place dans le bac principal
- créer un volume tampon permettant l'évaporation et l'augmentation de la stabilité du milieu
- Récupérer des sédiments en provenance du bac
- etc...
 
 
Volume
 
Il n'y a pas de règle concernant le volume de la décantation. D'une manière générale, plus elle est vaste et mieux c'est ! Par exemple, rien ne s'oppose à ce que le volume d'eau contenu dans la décantation ne soit supérieur à celui contenu dans le bac principal : cela permet d'augmenter le volume d'eau global, et donc la stabilité du milieu.
 
 
Placement
 
L'amateur 'standard' place généralement la décantation à l'endroit où il le peut, c'est-à-dire sous le bac principal, ce qui conditionne son volume, son emplacement et ses forme. Les chanceux qui ont de la place peuvent descendre la décantation au sous-sol, dans une pièce adjacente, ou simplement à coté, au même niveau que le bac.
 
Le gros intérêt de placer la décantation au même niveau que le bac est que le système de tuyauterie entre le bac et la décantation pourra être réduit au strict minimum, et les bruits d'eau minimes !
 
 
Segmentation des volumes
 
La méthode traditionnelle impose un système complexe de chicanes et de volumes. La méthode Berlinoise permet de n'utiliser qu'une simple cuve vide. Pourtant, certains aménagements peuvent se révéler utiles.
 
Par exemple, lors de la phase de démarrage et en cas de problème ultérieur, un pré-filtre de ouate de perlon (jeté deux fois par semaine) peut se révéler utile pour enlever les grosses particules de l'eau. Si la décantation n'est pas conçue pour disposer ce préfiltre, il faut alors bricoler un système à l'aide par exemple de Plexiglas.
 
Il peut aussi être utile d'avoir une zone à niveau d'eau constant, afin d'y placer les appareils sensibles à cette variation (certains écumeurs tels les TUNZE) ou ceux qui pourraient être détruits par une mise à sec (une électrode de pH mètre,...).
 
Enfin, en dehors de son rôle de piège à sédiments, une décantation peut servir de volume tampon, i.e. permettre l'utilisation d'un certain volume d'eau du bac pour un usage extérieur (acclimatation ou transfert d'un animal, rinçage d'une pierre ou d'un corail, etc...) sans pour autant que ce volume soutiré ne déclenche un mécanisme de compensation quelconque ou crée un manque quelque part.
 
Voici donc le schéma de principe, que chacun pourra adapter à ses contraintes propres, d'une décantation compacte, pouvant être utilisée sur un bac de 130 ou 160 cm. Le volume d'eau correspond à environ 100 litres. Le plan intègre une réserve d'eau douce (5) de 75 litres bruts, qui peut permettre une autonomie d'environ une semaine en évaporation. Bien entendu, les dimensions sont modifiables, et le niveau d'eau constant dépend de la hauteur du pré-filtre (2) (qui ne doit pas être trop haut sinon l'eau qui s'écoule en dessous créera du bruit), et donc du niveau d'eau de la première chambre (1) de la décantation qui ne doit pas chuter de trop haut dans le pré-filtre (2). La chambre (3) a un niveau constant qui permet l'hébergement des appareils sensibles. En fonction de la dimension de la chambre (4), vous pourrez vous passer d'un osmolateur (appareil de compensation automatique de l'évaporation), même si cet appareil rend de nombreux services par ailleurs, ne serait-ce qu'en rendant la densité stable en luttant contre l'évaporation. La pompe de relevée pourra se situer dans la chambre (3) si une petite pompe située dans la chambre (4) renvoie l'eau dans la chambre (3), sinon elle sera placée dans la chambre (4).
 
Une bonne idée consisterait en placer l'écumeur dans la chambre 1, afin que celui-ci récupère un maximum d'impuretés avant que le pré-filtre ne les arrête. J'ai pu constater par une expérience qu'un simple pré-filtre peu avoir une incidence non négligeable sur l'efficacité d'un écumeur placé après...
 
 
 
L'étude et l'avancée des connaissances relatives aux besoins physiologiques et nutritifs des coraux nous amène à constater que les aquariums Berlinois sont souvent les systèmes qui permettent actuellement de maintenir le mieux les coraux hermatypiques, mais que l'utilisation nécessaires des écumeurs supprime une part non négligeable du zooplancton et quasiment tout le phytoplancton. Or, le phytoplancton constitue 90% de la biomasse des océans, et à une part importante dans la consommation des nutriments dissous dans l'eau. Une idée, suggérée par Craig Bingman ("Reef Systems of the Future", www.AquariumFrontiers.com), est de créer des décantations spécialement étudiées afin de limiter l'impact de l'écumeur sur le plancton :
 
 
Dans ce type de décantation, le compartiment de gauche (qui n'a pas ici été segmenté comme proposé plus haut, mais qui peut l'être, d'une manière à adapter) reçoit l'eau du bac principal. Une pompe de relevée assure la circulation entre les deux cuves. Un compartiment séparé, à droite, contient l'écumeur, qui purifie l'eau qui y est contenue. Dans une décantation normale, la pompe puissante de l'écumeur aspire tout ce qui vit dans l'eau. Ici, l'effet est diminué car l'eau en provenance du bac principal est introduite dans le compartiment de l'écumeur, soit en continu soit par intermittence, par la petite pompe qui se trouve entre les deux compartiments. Ainsi, le plancton n'est-il pas inexorablement aspiré par la pompe de l'écumeur, qui se contente de purifier plus complètement qu'il ne l'aurait fait normalement l'eau à sa disposition. L'eau purifiée retourne naturellement dans le compartiment de gauche en débordant au dessus de la vitre de séparation. La taille des compartiments et le fonctionnement de la petite pompe (durée, débit) peut éviter que l'écumage ne soit sensiblement diminué par ce type de configuration.
 

LE SUPPORT

 
Si le support peut être conçu de diverses manières, l'idéal sera qu'il soit adapté aux contraintes de place et de maintenance de l'aquariophile. Par exemple, rien ne s'oppose à ce qu'il soit constitué d'un bloc compact de béton, si l'amateur dispose de place ailleurs pour disposer sa décantation. La prise d'eau extérieure et sur une paroi latérale facilite d'ailleurs ce type de configuration.
 
Mettons nous dans le cas de l'amateur citadin, qui vit en appartement, et qui dispose donc d'un espace limité.
 
 
Hauteur
 
Ceux d'entre nous qui sont grands (> 1.8 m) pourront constater que les supports standards de 72 cm de haut ne permettent pas de regarder la totalité d'un aquarium, de près, sans se pencher. Il est surprenant que les dimensions ne se soient pas adaptées à la taille du français moyen, et ce d'autant plus qu'un bac posé sur un support de 90 cm de haut (équivalent IKEA - normes suédoises) :
- n'est absolument pas gênant à regarder, que ce soit debout ou assis dans un fauteuil
- permet d'éviter que le haut du bac ne soit trop visible (néons, câbles, tubes,...)
- laisse une hauteur importante sous le meuble, ce qui peut permettre de loger des équipements volumineux (certains écumeurs très hauts, une bouteille de 6 Kg de CO2,...); d'y 'travailler' dans un confort relatif; d'y placer une décantation haute (volume plus élevé); d'y poser des étagères, un panneau électrique important, etc...
 
N'hésitez pas à faire construire des supports de 90 cm de haut, vous ne le regretterez pas !
 
 
Plancher
 
En plus d'être bas, certains aquariums sont en plus équipés d'un plancher (heureusement démontable) qui réduit encore le volume intérieur. Veillez donc à ce que le plancher soit le plus bas possible, et n'oubliez pas de poser votre décantation sur une épaisse couche de polystyrène : cela amortira les vibrations des pompes tout en évitant que la décantation n'explose suite à la présence d'un petit défaut de surface...
 
 
Arrière
 
Il est étonnant de constater combien on peut avoir besoin de faire passer tuyaux et câbles derrière l'aquarium. Que ce soit des câbles électriques ou des tubes (de descente d'eau, de remontée, le circulation pour le groupe de froid,...), il est très gênant de ne pas avoir de liberté de ce type au niveau du fond du support du bac. De plus, si vous entreposez vos alimentations de HQI sous l'aquarium, leurs 80°C font rapidement monter la température du meuble ! Une ventilation est donc utile.
 
Pour cela, laisser une ouverture horizontale de 10 cm sur toute la longueur du bac, dans la paroi arrière du support du bac n'est pas forcément une mauvaise idée...
 
 
Surface au sol
 
Pour finir, n'oubliez pas qu'un aquarium complet de 600 litres peut peser 900 Kg (avec les pierres, l'eau , le bac, la décantation, le support,...), et que certains planchers ne sont pas conçus pour tenir une telle charge sans fissurer le plafond du voisin de dessous... Bref, pour limiter les problèmes de résistance, multipliez le nombre de pieds (réglables si possibles) du support, ou faites-le réaliser sous forme de barres horizontales (si vous êtes sûr de la planéité de votre sol).
 
 

 

OPTIONS
 
Refuge : Un certain nombre d'auteurs mettent en relief la nécessité de nourrir les coraux durs à petits polypes (SPS) afin de leur offrir les pigments qui leur permettront de conserver leurs couleurs naturelles plutôt que de virer au brun (voir l'article sur les Refuge sur ce serveur). Bien que cela ne soit pas forcément très simple à intégrer dans un aquarium conventionnel, il devrait être possible de créer une zone refuge soit dans une zone calme non écumée de la décantation, soit à coté de l'aquarium principal.
 
 
Récupèrateur de sédiments : Comme on peut le voir dans The Reef Aquarium à propos du Refuge du Smithsonian Institution (P 157), pourquoi ne pourrait-on pas imaginer un aquarium dont la moitié arrière du fond serait constituée d'une grille de verre donnant sur un fond incliné terminé par une vanne permettant de siphonner régulièrement les sédiments déposés au sol ? Tout le problème consiste à réaliser un sol solide qui soutiendra valablement le décor, avec un support permettant de placer ce fond incliné, et de ne pas transformer ce fond spécial en piège à animaux, le tout à un prix raisonnable et sans affaiblir la résistance de l'ensemble. Si quelqu'un se sent une âme d'inventeur !...

Fabrice POIRAUD-LAMBERT

 

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